La guerre au Soudan n’est plus seulement un conflit interne pour le contrôle du pouvoir.
Elle est devenue un terrain propice à l’influence croissante de forces extrémistes et islamistes, en particulier des Frères musulmans, qui ont réussi à s’infiltrer dans les structures de l’armée et de l’État.
Ce phénomène est en partie alimenté par un soutien logistique et politique de puissances régionales, notamment la Turquie et l’Iran, créant un lien direct entre les violations sur le terrain, telles que l’usage d’armes chimiques et le risque géopolitique qui menace la région.
La plainte déposée le 25 septembre 2025 par l’« Alliance soudanaise pour les droits » (SAR) contre les responsables de l’autorité de Port-Soudan pour l’usage d’armes chimiques illustre cette dynamique : il s’agit de contrer une autorité qui s’appuie de plus en plus sur ce réseau extrémiste soutenu à l’international.
L’ombre des Frères musulmans sur l’armée
De nombreux rapports et analyses politiques suggèrent que la direction militaire soudanaise, menée par Abdel Fattah al-Burhan, est largement sous l’influence des reliquats du régime précédent, à savoir le mouvement islamiste et les Frères musulmans.
Ces derniers voient dans le conflit actuel une opportunité de regagner un pouvoir perdu après la chute d’Omar el-Béchir.
Amani Al-Tawil, chercheuse et journaliste, souligne que la responsabilité des Frères musulmans dans la poursuite de la guerre pourrait provoquer des divisions internes, mais confirme leur influence, notant qu’ils « participent directement au conflit en le structurant selon des termes transfrontaliers et sectaires ».
Un journaliste soudanais, dans une analyse de juin 2024, affirmait que l’armée soudanaise « est sous le contrôle des Frères musulmans » et que Burhan « exécute entièrement leur stratégie », visant à « étouffer la révolution et anéantir l’espace civil ». Cette stratégie inclut le maintien et l’escalade de la guerre pour protéger leurs « investissements » et leur influence.
Cette réalité explique le ton sévère du communiqué de la Quadripartite internationale en septembre 2025 : « L’avenir du Soudan ne peut être dominé par des groupes extrémistes étroits, clairement liés aux Frères musulmans ».
Le rôle régional : un soutien stratégique
Pour les observateurs, la résistance de l’armée de Port-Soudan et la poursuite du conflit reposent largement sur un soutien extérieur qui dépasse l’aide humanitaire pour inclure un appui militaire et politique, en particulier de la Turquie et de l’Iran, tous deux étroitement liés aux Frères musulmans et à la direction de Port-Soudan.
Le rôle turc et logistique
Des rapports multiples indiquent un soutien turc, notamment en armement avancé. Le journaliste soudanais Mohamed Ilyas a affirmé en février 2025 que « l’aide turque à l’armée soudanaise face aux Forces de soutien rapide a un impact majeur sur le conflit, pouvant modifier l’équilibre des forces sur le terrain ».
Par ailleurs, l’armée soudanaise aurait reçu des drones turcs ayant prouvé leur efficacité dans les combats à Khartoum, constituant un appui logistique et militaire décisif, perçu comme une composante de la stratégie plus large de la Turquie pour renforcer son influence dans la région de la mer Rouge.
Le soutien iranien et turc contribue également à l’intensification du conflit, dans un objectif géopolitique plus large. Pour l’opposition soudanaise, ce soutien renforce le pouvoir des islamistes et leur donne une légitimité pour poursuivre le conflit.
La plainte judiciaire : un contrepoids aux violations et à l’influence régionale
Dans ce contexte complexe, la plainte de SAR contre Burhan, Yasser al-Atta, Shams Eddine El-Kabbashi et le général Taher Mohamed ne vise pas seulement les atrocités de guerre, comme l’usage d’armes chimiques. Elle cherche également à affaiblir la direction militaire soutenue par cet axe régional extrémiste.
Le dépôt de la plainte auprès de la Cour pénale internationale, ainsi que les recours auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et de la Commission africaine des droits de l’homme, constituent une pression en trois volets :
- Poursuivre la direction militaire pour des crimes internationaux imprescriptibles.
- Suspendre le soutien international en demandant le gel de la participation de l’autorité de Port-Soudan à l’organisation des armes chimiques.
- Isoler l’axe régional en mettant en lumière les violations commises par une direction soutenue par certaines puissances étrangères, renforçant ainsi la surveillance sur toute aide militaire ou financière future.
Cette plainte reflète la véritable crise du Soudan : les violations internes effroyables s’ajoutent à des ambitions politiques extrémistes et à un influence régionale destructrice.








