Le 18 juin 2025, en marge du Salon du Bourget, Rheinmetall et l’américain Anduril ont annoncé une coopération industrielle sans précédent sur le sol européen. Au programme : missiles à longue portée, drones autonomes, plateformes tactiques numériques et moteurs à propulsion solide. Objectif : répondre rapidement aux besoins des armées occidentales, hors des logiques de coopération lente, comme celles du tandem franco-allemand. Ce virage stratégique marque une étape décisive dans la désintégration d’un couple diplomatique que seule la France continue de défendre.
Une alliance structurée autour de quatre systèmes stratégiques
Missiles Barracuda : la puissance modulaire
Développés en trois portées (160, 370 et 900 km), les Barracuda se veulent modulaires, interopérables et bon marché. Rheinmetall annonce des coûts de production inférieurs de 40 % aux missiles européens équivalents. Le SCALP-EG offre des performances similaires sur longue portée, mais reste cher, difficile à intégrer sur plusieurs plateformes et réservé à des exportations sous contrôle politique strict.
Drone Fury : la rupture technologique
Le Fury est un drone autonome, conçu pour le renseignement, l’appui tactique et la frappe. Doté d’un pilotage IA, il peut voler en essaim, interagir avec les systèmes aériens et terrestres, et intégrer la BattleSuite. Le Remote Carrier d’Airbus, toujours au stade de démonstration dans le cadre du SCAF, peine à atteindre la maturité. Le Patroller, en service, n’a pas la même capacité offensive ni l’intégration IA.
BattleSuite : centralisation tactique temps réel
Logiciel de commandement avancé, BattleSuite permet la fusion en temps réel des données opérationnelles, avec des interfaces compatibles OTAN. Il offre une gestion tactique interarmées sur un même théâtre d’opérations. Le programme SCORPION de Thales vise des fonctions proches, mais reste limité aux unités françaises. Il n’intègre pas encore de traitement IA en temps réel interarmées.
Propulsion Adranos : le moteur de la rapidité
Anduril apporte la technologie Adranos de propulsion solide, sécurisée et industrialisable à large échelle. Rheinmetall l’utilisera dans les futures productions de missiles. MBDA maîtrise la propulsion solide, mais dans des volumes plus faibles et sous des chaînes logistiques plus complexes.
Des précédents nombreux : les projets franco-allemands sous tension
Depuis plus d’une décennie, les grands programmes bilatéraux de défense franco-allemands s’enlisent, pendant que Berlin accélère en solitaire ou sous bannière américaine.
Le cas du SCAF
Programmé depuis 2017, le système de combat aérien du futur n’a pas dépassé la phase d’étude. Dassault et Airbus s’affrontent sur la gestion des données critiques, la propriété intellectuelle, et le pilotage industriel. Pendant ce temps, Berlin a commandé 35 F-35 à Lockheed Martin.
L’impasse du MGCS
Censé remplacer les chars Leclerc et Leopard 2, le Main Ground Combat System est bloqué depuis 2020. Les divergences sur la tourelle, la protection active et les charges utiles ont mené Rheinmetall à privilégier son Panther KF-51, développé sans la France.
Le drone MALE européen
Le projet de drone MALE RPAS, pourtant lancé dès 2015, n’a toujours pas vu le jour. L’annonce du drone Fury signe la fin implicite de ce programme, auquel Anduril n’a jamais été associé, mais dont il absorbe désormais le marché.
Une stratégie offensive, tournée vers l’OTAN et les marchés d’Europe centrale
Rheinmetall ne cache pas ses ambitions : fournir des armements interopérables OTAN, prêts à être intégrés dès 2026 dans les arsenaux européens. En visant notamment la Pologne, la Lituanie et la Hongrie, Berlin s’éloigne de l’axe franco-allemand. Anduril, avec ses chaînes courtes, son IA propriétaire et sa culture de l’adaptation rapide, répond aux exigences allemandes.
Avec Anduril, Rheinmetall s’adosse à un modèle agile, intégré aux forces américaines, interopérable avec les systèmes OTAN, capable de livrer vite. Face à cela, la France continue de miser sur des coopérations longues, politiquement fragiles et industriellement rigides.








