Face aux nouvelles menaces et à la transformation des rapports de force mondiaux, la France se voit contrainte de repenser le financement de sa défense. Les Français affichent une adhésion partielle aux solutions proposées. Une analyse approfondie des données de La France Mutualiste et des initiatives d’investissement comme Sienna Héphaïstos révèle un paysage en mutation.
La guerre en Ukraine et les incertitudes quant à l’engagement américain en Europe ont replacé la question du financement de la défense au cœur du débat stratégique. Paris ne peut plus se permettre de temporiser : l’effort de guerre de demain se prépare aujourd’hui. Dans ce contexte, l’étude menée par La France Mutualiste auprès de 1 012 Français offre une radiographie précise de l’opinion publique. Parallèlement, des initiatives privées émergent, telles que le fonds d’investissement Sienna Héphaïstos, destiné à renforcer la Base industrielle et technologique de défense (BITD).
Les Français conscients de l’urgence d’un réarmement budgétaire
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 70 % des Français considèrent que la défense doit être une priorité budgétaire nationale. Une majorité (63 %) estime que les dépenses militaires doivent être augmentées afin de garantir la souveraineté stratégique du pays. Contrairement aux idées reçues, le consensus n’est pas limité aux cercles politiques ou aux experts militaires : la population elle-même semble consciente du changement d’ère.
Néanmoins, la vision française d’un effort budgétaire accru repose sur une approche conditionnelle. Si l’opinion publique approuve une montée en puissance des moyens de défense, 50 % des répondants estiment que cet effort ne doit pas se faire au détriment d’autres secteurs stratégiques, tels que la santé et l’éducation. Par ailleurs, la perspective d’un investissement solitaire inquiète : 37 % des sondés jugent impératif d’associer cette hausse budgétaire à un renforcement de la coopération européenne.
Le financement privé : une nécessité pour soutenir l’industrie de défense
Les armées françaises ne sauraient se contenter d’une réponse purement budgétaire de l’État. Les grands groupes de la défense, tout comme les PME et ETI sous-traitantes, font face à un besoin croissant en financements flexibles et adaptés aux réalités industrielles.
C’est précisément l’objectif du fonds de dette privée Sienna Héphaïstos, lancé par Sienna Investment Managers. Avec un objectif de levée de 500 millions à 1 milliard d’euros, ce fonds ambitionne d’offrir aux entreprises du secteur une source de financement stable et pérenne. Son positionnement est clair : permettre aux maillons essentiels de la BITD d’investir dans la modernisation de leurs outils de production, d’accélérer leurs cadences et de soutenir des projets de croissance externe.
Laurent Dubois, Managing Director de la dette privée chez Sienna IM, résume l’enjeu en une phrase : « La mobilisation de tous les acteurs financiers, publics et privés, est vitale pour la sécurité et la paix en Europe. » En d’autres termes, la BITD ne peut plus attendre une réaction institutionnelle : elle doit anticiper les besoins, sécuriser son financement et s’affranchir des lourdeurs administratives d’un appareil d’État parfois trop lent à répondre aux urgences opérationnelles.
L’épargne des Français : un levier encore sous-exploité
Si le besoin de financement est avéré, les modalités de mobilisation des capitaux privés restent sujettes à controverse. L’idée d’un produit d’épargne dédié à la défense divise l’opinion publique. 44 % des Français y sont favorables, contre 43 % qui y sont opposés, un clivage qui témoigne d’une hésitation à s’engager financièrement dans le domaine militaire.
L’élargissement du Livret A au financement de la défense suscite des avis partagés. 47 % des sondés soutiendraient cette mesure, estimant que la défense nationale relève d’un impératif collectif. Mais 43 % s’y opposent, arguant que ces fonds doivent rester exclusivement dédiés au logement social et aux infrastructures locales.
Le cas de l’assurance vie est encore plus révélateur. 42 % des Français accepteraient qu’une partie de ces fonds soit investie dans l’industrie de défense, tandis que 45 % y sont hostiles. L’idée de recourir à l’épargne privée comme levier de financement doit donc être accompagnée d’un effort pédagogique. Il ne s’agit pas d’imposer une direction, mais d’expliquer clairement aux épargnants comment et pourquoi leur capital pourrait contribuer à la défense nationale.
ESG et industrie de défense : une contradiction dépassable
L’un des freins majeurs à l’investissement privé dans la défense repose sur la question des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pourtant, 53 % des Français considèrent que l’industrie de défense peut s’intégrer dans une approche ESG, à condition qu’elle respecte des exigences strictes. L’innovation technologique, la réduction de l’empreinte carbone et la sécurisation de l’emploi en France sont autant de leviers permettant de concilier impératifs stratégiques et objectifs de responsabilité sociétale.
Le fonds Sienna Héphaïstos illustre cette nouvelle tendance en intégrant des exigences environnementales à sa politique d’investissement. Classé article 8 du règlement SFDR, il est conçu pour privilégier les entreprises alignées sur des standards de durabilité. Par ailleurs, il exclut strictement tout investissement dans des activités interdites par les traités internationaux signés par la France et l’Italie, garantissant ainsi une approche éthique et encadrée.








