Rafale en Inde : la France décroche enfin le jackpot industriel

La méga-commande indienne de Rafale (114 appareils) est une victoire industrielle majeure pour la France, mais soulève un paradoxe : l’Inde aura plus de Rafale que l’armée française elle-même. Au-delà du succès commercial et géopolitique, cet éditorial appelle à augmenter les budgets militaires français.

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Rafale en Inde : la France décroche enfin le jackpot industriel © Armees.com

La méga-commande indienne de Rafale franchit un nouveau cap décisif. C’est une victoire industrielle majeure pour Dassault Aviation et pour la France, mais elle soulève aussi une question que personne ne veut poser à voix haute : pendant que nos exportations s’envolent, notre propre armée de l’air est-elle suffisamment équipée ?

114 : Nombre d’appareils Rafale commandés par l’Inde dans cette méga-commande, le plus grand contrat export jamais signé par Dassault Aviation.

Le triomphe commercial qui cache une réalité domestique gênante

Force est de constater que la France sait vendre ses avions de combat. La méga-commande indienne de Rafale, dont un nouveau cap décisif vient d’être franchi, est une démonstration éclatante de l’excellence de notre industrie de défense. Dassault Aviation, Safran, Thales, MBDA : tout l’écosystème industriel français de la défense va bénéficier de retombées massives, probablement sur une décennie. En matière d’exportation d’armements, la France s’est hissée au deuxième rang mondial, et ce contrat avec New Delhi en est la preuve la plus spectaculaire.

Mais je ne peux pas m’empêcher de soulever le paradoxe qui crève les yeux. L’armée de l’air et de l’espace française dispose aujourd’hui d’environ 100 Rafale en parc opérationnel. L’Inde, elle, va en recevoir 114. Un pays client se retrouvera donc mieux doté que la nation qui a conçu et produit l’appareil. Ce n’est pas une critique de la politique export, qui génère des emplois, amortit les coûts de développement et finance la recherche. C’est un constat sur nos propres choix capacitaires, contraints par des décennies de budgets militaires insuffisants.

L’Inde, client stratégique dans un monde qui se réarme

Ce contrat n’est pas qu’une affaire commerciale. Il s’inscrit dans une recomposition géopolitique profonde. L’Inde cherche à diversifier ses approvisionnements militaires, historiquement dominés par la Russie. En choisissant massivement le Rafale, New Delhi envoie un signal clair à Moscou, et se rapproche stratégiquement des démocraties occidentales, sans pour autant s’aligner formellement sur l’OTAN.

Pour la France, c’est une opportunité géopolitique autant qu’industrielle. Avoir l’Inde comme client majeur de nos équipements de combat, c’est créer des liens durables avec la troisième économie mondiale et une puissance nucléaire incontournable dans l’Indo-Pacifique. La diplomatie par les armements a toujours été l’un des leviers les plus efficaces de notre influence internationale, bien plus rentable, soit dit en passant, que certaines coopérations au développement dont l’efficacité reste indémontrable.

Ce que je retiens surtout, c’est que ce succès est le fruit d’investissements consentis sur le long terme dans notre base industrielle et technologique de défense (BITD). Quand on finance la recherche, quand on commande des appareils pour nos propres forces, même en quantités insuffisantes, on crée les conditions d’une crédibilité export. Couper dans le budget défense, c’est scier la branche sur laquelle repose toute notre industrie.

Un signal pour les arbitrages budgétaires à venir

La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit un effort budgétaire réel, avec 413 milliards d’euros sur sept ans. Mais dans un contexte où la guerre est revenue en Europe, où la Russie bombarde Saint-Pétersbourg, pardon, est bombardée depuis l’Ukraine, et où la Chine presse sur tous les théâtres, la question n’est plus de savoir si cet effort est suffisant. Il ne l’est pas.

Le succès du Rafale en Inde doit servir d’argument définitif dans ce débat. La défense n’est pas une dépense. C’est un investissement, en souveraineté, en emplois, en influence. Les décideurs budgétaires qui continuent de regarder le ministère des Armées comme une variable d’ajustement feraient bien de méditer ce contrat indien. Pendant que d’autres nations se réarment à marche forcée, la France ne peut pas se permettre de vendre mieux qu’elle ne se défend elle-même.

Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste

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