Les opérations spéciales américaines à l’épreuve du temps court  ? 

Les forces spéciales américaines sont confrontées à l’obsolescence de leur modèle d’acquisition. Le général Fenton appelle à une refonte stratégique pour répondre à une guerre qui se joue désormais à l’échelle du temps court.

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Les opérations spéciales américaines à l’épreuve du temps court  ?  | Armees.com

Le 9 avril 2025, le général Bryan P. Fenton, commandant du United States Special Operations Command (USSOCOM), a livré un diagnostic sans détour au comité du renseignement et des opérations spéciales de la Chambre des représentants américaine. « Le caractère de la guerre change plus rapidement que nous n’avons jamais vu. » Pour le général Fenton, le cadre technologique et industriel actuel des forces spéciales américaines est obsolète.

Une asymétrie stratégique devenue intenable.

Face aux représentants, il a illustré la rupture du paradigme budgétaire en des termes lapidaires :
« Nos adversaires utilisent des drones kamikazes à 10 000 dollars, que nous interceptons avec des missiles à 2 millions de dollars. La courbe coût-efficacité est inversée. »

La guerre se vit aujourd’hui dans un rythme tactique où l’innovation se mesure en jours, voire en heures, là où le système d’acquisition américain opère encore en décennies.

Une pression opérationnelle croissante

Depuis deux ans, la demande des commandements interarmés pour les capacités du SOCOM a crû de plus de 35 %, dans un contexte de budgets constants. Pour Fenton, l’équation est claire : il faut désormais faire des choix douloureux entre maintien en condition opérationnelle des matériels existants et efforts de modernisation et d’acquisition de matériels nouveaux.

Réformer en profondeur les chaînes d’acquisition de matériel

Le général Fenton plaide pour un changement radical :

  • Simplifier le processus de validation des besoins, en réduisant le nombre d’intermédiaires : « Go from operator to commander, and then acquisition. » (passez de l’opérateur au commandant, puis à l’acquisition).
  • Assouplir les lignes budgétaires (R&D, maintenance, achat), actuellement trop cloisonnées, afin de permettre des arbitrages tactiques rapides.
  • Allonger les contrats pluriannuels, qui ne devraient plus être limités à deux ans mais s’étendre sur cinq à dix ans, afin d’assurer une visibilité industrielle et stratégique cohérente avec les cycles d’innovation réels observés sur les théâtres d’opération.

Un impératif d’agilité stratégique

En creux, c’est un plaidoyer pour une économie de guerre agile. L’Ukraine, dit-il, offre une leçon en temps réel sur la capacité à pivoter vite, à innover sur le terrain et à adapter les chaînes logistiques. Là où la machine américaine reste rigide, bureaucratisée, paralysée par ses propres règles d’acquisition. Pour le commandement des opérations spéciales, la bataille de demain ne se jouera pas seulement sur le terrain, mais dans la capacité à reformater les chaînes d’acquisition à l’échelle du temps court.

Cette révolution exige également une véritable capacité à oser penser la guerre autrement, à utiliser des matériels sans doctrine bien établie et à repenser avec agilité les dispositifs d’entraînement et de formation. C’est sans doute ce que l’armée de terre en France cherche à anticiper avec la création du commandement du futur dont les missions sont justement de penser dans la globalité cette accélération du temps opérationnel.

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