ATACMS : Lockheed Martin et Rheinmetall créent une usine en Allemagne

Lockheed Martin et Rheinmetall ont signé en juillet 2026 un accord pour produire les missiles ATACMS en Allemagne, à Unterlüß. Cette première usine hors des États-Unis renforce l’autonomie stratégique de l’Otan et répond à la demande croissante des armées européennes en systèmes de frappe de précision.

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ATACMS : Lockheed Martin et Rheinmetall créent une usine en Allemagne © Armees.com

Lockheed Martin et Rheinmetall ont signé en juillet 2026 un accord fondateur : la première usine de production de missiles tactiques ATACMS en dehors des États-Unis verra le jour à Unterlüß, en Basse-Saxe, transformant la capacité de réaction des forces armées européennes. Cette coentreprise, annoncée en marge du sommet de l’Otan à Ankara, marque une rupture dans l’architecture logistique de l’Alliance atlantique. Jusqu’à présent, la production d’ATACMS restait concentrée à Camden, dans l’Arkansas. Le transfert vers l’Europe répond à une demande opérationnelle pressante : augmenter les volumes de frappe de précision disponibles pour les armées alliées.

Une production ATACMS en Europe : rupture stratégique pour les armées alliées

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a salué cette initiative en déclarant : « Nous savons que les capacités de production américaines sont limitées et qu’il est urgent de les accroître. » Cette franchise révèle l’ampleur du défi. L’ATACMS, missile tactique à portée de 300 kilomètres, s’est imposé comme un multiplicateur de force en Ukraine depuis 2023. Sa capacité à frapper en profondeur des centres logistiques, des batteries antiaériennes et des nœuds de commandement en fait un outil prisé. Mais les stocks américains s’épuisent. La production actuelle, centralisée outre-Atlantique, ne suffit plus à satisfaire les commandes européennes.

Dennis Goege, directeur général de Lockheed Martin pour l’Europe, a souligné que « le transfert de la production de l’ATACMS en Allemagne est un signal fort pour l’industrie de défense européenne et pour la résilience à long terme de l’Otan ». Ce déménagement industriel garantit une autonomie partielle en cas de tensions transatlantiques ou de contraintes logistiques. Il permet aussi aux pays européens d’accéder aux financements de l’initiative SAFE de l’Union européenne, qui exige un taux de composants européens supérieur à 65 %. L’accord a été confirmé par Zone Militaire, qui précise que Rheinmetall apportera son expertise en propulsion et intégration.

Pourquoi localiser la production en Allemagne ?

Unterlüß, situé en Basse-Saxe, emploie déjà 4 000 salariés sur un site dédié aux munitions et aux systèmes de propulsion. Rheinmetall y achève actuellement une usine de moteurs-fusées, dont la mise en service est prévue en 2027. Cette infrastructure existante accélère le calendrier de montée en puissance. Armin Papperger, président du directoire de Rheinmetall, a affirmé : « Avec nos partenaires de Lockheed Martin, nous créons désormais en Allemagne la base industrielle nécessaire à des systèmes de défense modernes très demandés par les armées européennes. » Le choix allemand répond aussi à une logique géographique : Unterlüß se trouve à proximité des axes logistiques de l’Otan vers l’Europe centrale et orientale, réduisant les délais d’acheminement.

Le missile ATACMS : caractéristiques opérationnelles et emploi en théâtre

L’ATACMS (Army Tactical Missile System) est un missile balistique à courte portée propulsé par moteur-fusée à propergol solide. Sa portée maximale atteint 300 kilomètres, selon la version. Il peut emporter une charge militaire unitaire de 230 kilogrammes ou des sous-munitions, bien que cette dernière option soit désormais marginale pour des raisons humanitaires. Guidé par GPS et inertie, il affiche une précision circulaire probable inférieure à 10 mètres. L’Ukraine a démontré son efficacité contre des cibles stratégiques russes, notamment des dépôts de munitions en Crimée et des postes de commandement en zone arrière.

L’ATACMS se tire depuis les lanceurs M270 MLRS ou M142 HIMARS, déjà largement déployés en Europe. Cette compatibilité simplifie l’intégration logistique et réduit les coûts de formation. Contrairement aux systèmes de croisière, l’ATACMS suit une trajectoire balistique rapide, limitant le temps de réaction adverse. Cette caractéristique en fait une arme anti-accès privilégiée contre les systèmes de défense aérienne adverses.

Calendrier de déploiement : de 2027 à la pleine capacité

La nouvelle usine d’Unterlüß devrait commencer à produire des ATACMS après 2027, une fois l’usine de moteurs-fusées opérationnelle. Lockheed Martin maintiendra la ligne de Camden jusqu’à l’achèvement du transfert technologique. Ce délai permet de former les équipes allemandes et de valider les processus qualité. BFM Business rapporte que la montée en cadence progressive vise à atteindre plusieurs centaines de missiles par an d’ici 2029, un volume suffisant pour reconstituer les stocks européens et soutenir les exportations vers les alliés.

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