Le maire de New York, Zohran Mamdani, a publiquement déclaré qu’il examinerait les conditions juridiques permettant d’arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’il venait à se rendre dans la ville. Cette annonce, formulée le 18 juillet, intervient dans le contexte du mandat d’arrêt émis en novembre 2024 par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du dirigeant israélien pour crimes de guerre présumés à Gaza.
Un positionnement politique assumé
Lors d’une intervention publique, Mamdani a affirmé qu’il demanderait à ses conseillers juridiques d’étudier les bases légales d’une telle arrestation. Le maire a justifié cette démarche par ce qu’il qualifie de « génocide » perpétré à Gaza, précisant qu’il considérait Netanyahu comme un criminel de guerre recherché par la justice internationale. « Si Benjamin Netanyahu se rend à New York, je demanderai à mes conseillers juridiques d’examiner toutes les voies possibles pour procéder à son arrestation », a-t-il déclaré.
Cette prise de position marque une rupture avec la ligne diplomatique traditionnelle des États-Unis, qui soutiennent historiquement Israël. Mamdani, membre du Parti socialiste démocrate d’Amérique et élu en novembre 2025, s’est imposé comme l’un des élus locaux les plus critiques à l’égard de la politique israélienne. Ses déclarations ont immédiatement suscité des réactions contrastées, tant sur le plan national qu’international.
Une faisabilité juridique incertaine
Sur le plan juridique, la capacité d’un maire américain à faire exécuter un mandat de la CPI reste hautement contestable. Les États-Unis ne sont pas signataires du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale. Washington refuse de reconnaître la compétence de cette juridiction sur ses ressortissants ou ceux de ses alliés. En outre, les autorités fédérales américaines conservent la prérogative exclusive en matière de politique étrangère et d’application des traités internationaux.
Selon plusieurs juristes consultés par The Guardian, une telle arrestation nécessiterait l’aval du gouvernement fédéral, ce qui paraît hautement improbable dans le contexte actuel. Le département d’État américain a déjà rejeté la légitimité du mandat d’arrêt de la CPI, qualifiant la décision de « sans fondement ». Donald Trump, président réélu en 2024, a réaffirmé son soutien à Israël et à Benjamin Netanyahu, rendant toute collaboration avec la CPI encore plus improbable.
Réactions internationales et diplomatiques
Le bureau du Premier ministre israélien a vivement condamné les déclarations de Mamdani, les qualifiant d’« irresponsables et déconnectées de la réalité juridique ». Dans un communiqué, le gouvernement israélien a rappelé que Netanyahu bénéficie de l’immunité diplomatique en tant que chef de gouvernement en exercice et que les États-Unis demeurent un allié stratégique d’Israël.
Du côté palestinien, les propos du maire de New York ont été accueillis favorablement. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont salué cette prise de position, y voyant un signal fort en faveur de la responsabilité internationale. Human Rights Watch a rappelé que le mandat d’arrêt de la CPI repose sur des accusations documentées, notamment des bombardements disproportionnés et des destructions massives d’infrastructures civiles à Gaza.
La situation rappelle les tensions diplomatiques récentes autour de la politique israélienne au Proche-Orient. Israël maintient en effet une présence militaire prolongée au Liban, en Syrie et à Gaza, suscitant des interrogations croissantes sur le respect du droit international. Parallèlement, les États-Unis naviguent dans un contexte régional complexe, notamment avec l’Iran, compliquant encore davantage les équilibres diplomatiques.
Un précédent politique symbolique
Même si la probabilité d’une arrestation effective reste quasi nulle, les déclarations de Mamdani revêtent une dimension symbolique importante. Elles illustrent une fracture croissante au sein de la classe politique américaine sur la question israélo-palestinienne. De plus en plus d’élus locaux et de membres du Congrès remettent en cause le soutien inconditionnel à Israël, notamment au sein de l’aile progressiste du Parti démocrate.
Selon CNN, plusieurs villes américaines ont adopté des résolutions appelant à un cessez-le-feu à Gaza ou condamnant les violations présumées du droit international. Toutefois, aucune n’était allée jusqu’à évoquer publiquement l’arrestation d’un dirigeant étranger. La démarche de Mamdani pourrait donc ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires, alimentant un débat politique et juridique inédit aux États-Unis.
Pour l’heure, Benjamin Netanyahu n’a pas prévu de déplacement à New York. Toutefois, si une telle visite devait avoir lieu, elle placerait les autorités américaines dans une situation diplomatique délicate, prise entre leurs obligations internationales théoriques et leurs engagements politiques envers Israël.








