Les start-ups de la défense en Europe : opportunités et défis

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Les start-ups de la défense en Europe : opportunités et défis © Armees.com

Depuis la fin de la guerre froide, les armées européennes avaient vu leurs formats réduits : c’était le temps des dividendes de la paix. Faute d’investissements suffisants, les équipements militaires ont vieilli. Certaines armées se sont privées de certaines capacités alors que la France a fait le choix de garder un modèle réduit mais complet de capacités militaires. Ses équipements sont très majoritairement restés fournis par les grands équipementiers de la base industrielle technique et de défense française. Le temps long de la conception d’équipements majeurs – tel un porte-avions – a contribué à entretenir cette base industrielle essentiellement articulée autour de quelques grands équipementiers, avec des sous-traitants. Ce mode de fonctionnement laissait assez peu de place aux start-up innovantes.

Aujourd’hui, le paysage de la défense est en pleine mutation, ouvrant de nouvelles perspectives pour les jeunes pousses françaises et européennes. Deux évolutions majeures redéfinissent actuellement les besoins et les opportunités dans le secteur de la défense : la numérisation du champ de bataille et le retour de la guerre sur le continent européen.

La révolution numérique dans la défense

Les ruptures technologies apportent aujourd’hui encore des capacités nouvelles nécessaires aux succès des opérations militaires et ont un impact fort sur l’industrie de la défense. A titre d’exemple, depuis environ quatre ans, l’OTAN a entamé une transformation numérique en profondeur, centrée sur la donnée et l’intelligence artificielle (IA). Ces technologies bouleversent les systèmes, les équipements et vont transformer les modes d’actions militaires. La fusion de données provenant de capteurs multiples va permettre de mener des opérations multidomaines et faire ainsi évoluer les aides à la décision. La centralité de la donnée donne la part belle à l’innovation. Les start-ups, par leur agilité et leur capacité à innover rapidement, sont particulièrement bien placées pour offrir des micro-services capables d’évoluer rapidement, répondant ainsi aux nouveaux besoins des armées.

Le retour de la guerre en Europe

La guerre en Ukraine a profondément bouleversé le paysage militaire et accéléré la remontée en puissance militaire de tous les alliés de l’OTAN, avec un retour à des besoins qui avaient été relativement délaissés au temps des opérations expéditionnaires :  centralité des systèmes terrestres, défense aérienne, guerre électronique, artillerie longue portée et surtout et enfin rapidité du cycle de décision (le command and control) et de frappes. Ces besoins renouvelés ouvrent des opportunités pour les start-ups. En France, aujourd’hui, la DGA encourage activement les partenariats avec les petites et moyennes entreprises innovantes ; une agence de l’innovation a vu le jour et des initiatives visant à accélérer les cycles capacitaires sont encouragées. Au niveau européen et au sein de l’OTAN, des initiatives comme DIANA (Défense Innovation Accelerator for the North Atlantic) et le Fonds Européen de Défense (FEDEF) stimulent également l’innovation et facilitent l’accès des start-ups aux marchés de la défense.

Adapter les start-ups aux marchés de la défense européens et internationaux

Le marché de l’industrie de la défense est historiquement fragmenté au niveau européen, le socle d’interopérabilité étant fourni par l’OTAN. Les mesures prises récemment par l’Union Européenne visent, notamment via à la R&D à fédérer les efforts nationaux (fonds européens de défense). L’OTAN, de son côté, a depuis le début de la guerre en Ukraine travaillé à offrir plus de visibilité sur les besoins militaires aux industriels et des mesures sont prises pour adapter les cycles de renouvellement capacitaires et les rendre plus agiles et capables d’adaptations permanentes.

Ce contexte change la donne pour les pépites innovantes qui pourront, sous certaines conditions, tirer parti des nouvelles opportunités. Pour autant, les start-ups doivent comprendre et s’adapter aux spécificités des marchés de la défense européens et internationaux.

Les start-ups doivent dès le début de leur développement se familiariser avec les besoins militaires spécifiques, envisager la dualité de leurs produits (usage civil et militaire) et comprendre les processus et les structures d’achat des organisations nationales et internationales comme l’OTAN et l’UE.

Les accélérateurs des groupements industriels de la défense jouent un rôle crucial en aidant les start-ups à naviguer pendant ces premières étapes, à comprendre les réglementations et à développer une stratégie claire. La phase 1 consiste à connaître les marchés et les possibilités. La phase 2 implique de développer une stratégie de pénétration du marché, de prendre en compte ses spécificités, notamment celle du temps long, de prioriser les efforts et de gérer les risques. Au-delà du marché national, ce sont tous les pays européens qui ont des besoins militaires, d’ailleurs généralement supérieurs à ceux de la France. La phase 3 est donc celle de l’international, nous devons préparer les pépites à partir à l’international, mais nous devons aussi être capables d’en recevoir. D’expérience, les meilleures chances de succès vont aux start-ups qui développent des solutions duales innovantes, souvent elles établissent des partenariats stratégiques et se font accompagner pour utiliser au mieux les réseaux institutionnels comme industriels pour s’implanter durablement sur les marchés de la défense européens et internationaux.

L’initiative DIANA de l’OTAN y contribue, la commission de l’UE va également mettre en place un accélérateur défense. En France, nous travaillons, avec des partenaires public-privé à une initiative « Start’Def » qui bénéficiera de l’expérience des accélérateurs de la BITD et répondra à une triple logique d’innovation au profit de thématiques opérationnelles, d’accès à l’international et aux fonds permettant leur croissance. Cette initiative Start’DEF contribuera à fédérer l’éco-système amont du monde de la défense et permettra de développer des solutions directement utiles à la BITD et aux armées.

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