Dans ce qui constitue une avancée historique en matière de coopération militaire bilatérale, l’Australie a sélectionné le Japon pour la fourniture de 11 frégates multi-missions dérivées de la classe Mogami, pour un montant estimé à 10 milliards de dollars australiens (environ 6,5 milliards USD). Il s’agit du plus important contrat d’exportation navale jamais conclu par le Japon et du premier du genre dans l’histoire du pays, longtemps restreint par sa Constitution pacifiste.
Frégates japonaises Mogami : Une acquisition dictée par l’urgence stratégique
La marine australienne, confrontée à un vide capacitaire programmé avec le retrait progressif des frégates de classe Anzac (entrées en service dans les années 1990), devait combler un intervalle critique avant la livraison des futures frégates de classe Hunter, attendues à partir de 2034. Ce nouveau programme répond à une double exigence :
- Accélérer le renforcement des capacités de surface de la Royal Australian Navy (RAN).
- Faire face à la montée en puissance maritime de la Chine dans l’espace Indo-Pacifique, notamment en mer de Chine méridionale et dans les archipels du Pacifique Sud.
Profil technique des frégates Mogami
Les navires sélectionnés sont une adaptation export de la classe Mogami (FFM), conçue par Mitsubishi Heavy Industries (MHI). Ce modèle de frégate multi-rôle de 3e génération est entré en service dans la Force maritime d’autodéfense japonaise en 2022.
Caractéristiques principales :
- Déplacement : 5 500 tonnes (pleine charge)
- Longueur : 133 mètres
- Vitesse maximale : 30 nœuds
- Équipage : 90 à 100 personnes (grâce à une automatisation poussée)
- Motorisation : CODOG (Turbines à gaz Rolls-Royce + moteurs diesel Kawasaki)
- Armement :
- 32 cellules VLS (vertical launch system) compatibles avec les missiles Tomahawk, ESSM Block 2 et futurs missiles hypersoniques.
- Missiles antinavires Type 17 ou équivalent Otomat/NSM selon les spécifications export.
- Canon Mk 45 Mod 4 de 127 mm, CIWS SeaRAM et torpilles légères.
- Systèmes embarqués :
- Radar AESA à double bande.
- Suite de guerre électronique complète.
- Capacités ASW : sonar remorqué, sonar de coque, hélicoptère MH-60R embarqué.
Le contrat prévoit :
- Construction des trois premières unités au Japon, dans les chantiers de Nagasaki (MHI).
- Production locale des huit suivantes en Australie, dans les chantiers navals de Henderson, près de Perth.
Le premier navire devrait être livré d’ici fin 2029, à raison de deux unités par an. L’ensemble de la série pourrait être opérationnelle avant 2036, en parallèle du programme Hunter.
L’Australie préfère le Japon à l’Allemagne
Le Japon a remporté le contrat face à l’Allemagne (ThyssenKrupp Marine Systems et les MEKO A-200) après l’élimination préalable de candidatures sud-coréennes et espagnoles.
Les critères déterminants pour le choix australien incluent :
- Capacités furtives supérieures.
- Interopérabilité avec les forces alliées, notamment américaines et japonaises.
- Cycle de vie optimisé, avec un équipage réduit et des coûts de maintenance inférieurs de 30 % selon les données du ministère australien de la Défense.
- Livraison accélérée, facteur crucial dans le contexte sécuritaire actuel.
Ce programme s’inscrit dans un renforcement sans précédent des relations stratégiques nippo-australiennes, soutenu en sous-main par les États-Unis, partenaires majeurs des deux pays au sein de l’alliance AUKUS et du QUAD.
Outre l’aspect capacitaire, cette acquisition :
- Ancre l’Australie dans une logique d’interopérabilité indo-pacifique.
- Renforce l’industrie navale japonaise, qui confirme sa montée en puissance sur le marché export.
- Consolide un front maritime contre les ambitions chinoises, à travers une architecture navale partagée entre Canberra et Tokyo.
Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, a déclaré le 5 août 2025 : « La frégate de classe Mogami est la meilleure frégate pour l’Australie. C’est clairement le plus gros accord défense-industrie jamais conclu entre le Japon et l’Australie. »
De son côté, Pat Conroy, ministre de l’Industrie de défense, a précisé : « C’est une acquisition intentionnelle pour accéder à une chaîne de production déjà établie sans la modifier. Ce contrat va rassurer nos alliés, dissuader nos adversaires et rendre l’Australie plus sûre. » (ABC News, 5 août 2025)
Au-delà de sa dimension bilatérale, cette acquisition préfigure une standardisation des plateformes navales entre alliés de l’axe indo-pacifique. Le Japon a d’ailleurs promis de prioriser les livraisons à l’Australie, au détriment de sa propre marine.








