L’Allemagne envisagerait d’acquérir jusqu’à 250 000 fusils d’assaut Heckler & Koch G95A1 et G95KA1 supplémentaires, selon des informations rapportées le 3 août 2026 par le site spécialisé Hartpunkt. Cette acquisition porterait le stock total prévu à environ 500 000 armes, soit un doublement par rapport au contrat en cours.
Ni le Bundesamt für Ausrüstung, Informationstechnik und Nutzung der Bundeswehr (BAAINBw), l’office fédéral chargé des équipements militaires, ni Heckler & Koch n’ont confirmé ce projet. Selon Hartpunkt, l’objectif serait d’équiper une force active élargie et la réserve, tout en maintenant des stocks de remplacement pour des opérations prolongées. Cette seconde commande interviendrait après l’achèvement du contrat actuel, dont les livraisons sont prévues jusqu’en 2032.
Ce contrat actuel a lui-même connu une extension récente. Le 3 décembre 2025, la commission des Finances du Bundestag a approuvé le relèvement du plafond contractuel de 118 718 à 250 000 fusils G95A1/G95KA1, pour un montant maximal de 800 millions d’euros. Le BAAINBw a exercé la totalité de cette quantité le 6 juillet 2026.
Un contrat compliqué depuis 2017
Le programme « System Sturmgewehr » vise à remplacer le fusil d’assaut G36, également produit par Heckler & Koch, critiqué depuis son entrée en service pour son manque de précision. Lancée en 2017, la compétition n’a été conclue juridiquement qu’en 2023.
L’épisode aurait pourtant dû rester une formalité pour Heckler & Koch, fournisseur historique de la Bundeswehr. En 2020, le BAAINBw crée la surprise en annonçant la commande de 120 000 fusils MK556 pour 250 millions d’euros auprès de C.G Haenel, filiale du groupe émirien Tawazun, aux dépens de Heckler & Koch qui proposait une variante de son HK-416.
La décision passe mal en Allemagne, notamment parce que le pays entretient des relations tendues avec les Émirats arabes unis en raison de leur engagement militaire au Yémen. Heckler & Koch porte l’affaire devant la justice pour violation de brevets ; le tribunal des marchés publics donne raison à l’entreprise en 2021.
Il faudra quatre années supplémentaires, après épuisement de tous les recours, pour que le BAAINBw notifie enfin à l’entreprise une commande de G95A1/G95KA1.
La première commande de production a été passée en mai 2025. Les 300 premiers exemplaires ont été livrés le 4 décembre 2025 au Panzergrenadierbataillon 122, basé à Grafenwöhr et rattaché à la 45e brigade blindée allemande, en cours de constitution en Lituanie.
Le G95A1 et sa version courte, le G95KA1, sont des déclinaisons du HK416 A8 en calibre 5,56 × 45 mm OTAN. Ils fonctionnent avec un piston à gaz à course courte et affichent une portée de combat efficace de 450 mètres, contre 500 mètres pour le G36 qu’ils remplacent.
Le G95KA1, plus court de 64 millimètres au niveau du canon que le G95A1, est privilégié pour l’infanterie mécanisée : sa longueur réduite limite les interférences à l’intérieur du véhicule de combat Puma. Le paquet d’équipement associé comprend une optique commutable ELCAN Specter DR combinée à un viseur réflexe Aimpoint ACRO P-2, ainsi qu’un module Rheinmetall permettant le tir de nuit sans passer par l’optique de jour.
Le plafond du contrat actuel, environ 800 millions d’euros pour 250 000 fusils, représente une moyenne d’environ 3 200 euros par arme, un chiffre qui inclut modifications de contrat, accessoires et services divers. En ajoutant les plafonds séparés de 605,87 millions d’euros pour les paquets d’optiques et de 412,53 millions d’euros pour les modules laser-lumière, le total des trois enveloppes, TVA allemande comprise, atteint environ 2,01 milliards d’euros.
La Bundeswehr comptait 184 194 soldats d’active à la fin de 2025, pour un objectif de planification d’environ 260 000 personnels actifs et 200 000 réservistes à l’horizon 2035. Un stock de 250 000 fusils ne représenterait que 0,54 arme par membre d’une force totale de 460 000 personnes, quand 500 000 fusils porteraient ce ratio à 1,09 arme par personne, de quoi répartir les armes entre unités opérationnelles, centres de formation, dépôts de réserve et pools de maintenance.
Selon les observateurs cités par Hartpunkt, ces fusils supplémentaires seraient principalement destinés à équiper les réservistes et les forces de sécurité intérieure. La division de défense territoriale, dont les réservistes représentent environ 90 % des effectifs, assure notamment la protection des ports, des installations électriques et le passage des forces alliées vers le flanc oriental de l’OTAN.








