L'Afrique aura sa propre mission lunaire. Baptisée Africa2Moon, elle a été retenue par l'agence spatiale chinoise comme l'une des charges utiles internationales embarquées à bord de la sonde Chang'e 8, qui doit se poser au pôle Sud de la Lune en 2029. Une première pour le continent.
Le projet embarque un trio de sphères radiotélescopes conçu pour capter des signaux inaccessibles depuis la Terre. Il est porté par des bénévoles, notamment sud-africains, avec un budget très limité, et piloté par la Foundation for Space Development Africa en collaboration avec le South African Radio Astronomy Observatory (SARAO) et l'université de Stellenbosch.
Trois sphères pour écouter l'univers ancien
Le prototype s'appelle BALLS, pour Bounced African Low Lunar Spheres. Il se compose de trois sphères métalliques, chacune équipée d'antennes radio basse fréquence. Une fois posées à la surface lunaire et espacées de plusieurs dizaines de mètres, elles formeront un petit réseau de radioastronomie chargé de capter des signaux sous les 20 mégahertz.
Cette bande de fréquences est totalement inaccessible depuis la Terre, l'ionosphère bloquant et déformant ces ondes. Sur la Lune, l'absence d'atmosphère et l'éloignement des interférences terrestres en font, selon la directrice de mission Carla Mitchell, « l'endroit le plus silencieux, radio-parlant, aux abords de la Terre ». Ces basses fréquences intéressent les scientifiques parce qu'elles proviennent de certaines des régions les plus anciennes et les plus lointaines de l'univers, encore largement inexplorées.
Structurellement, BALLS ressemble à un gyroscope fait d'anneaux entrelacés, entourant deux panneaux solaires triangulaires à surface grillagée orientés en sens opposé, l'un vers le haut, l'autre vers le bas. Les modèles de test doivent être finalisés d'ici à mars 2026, et un prototype de vol pleinement opérationnel livré à la Chine fin 2027, avant l'alunissage prévu en 2029.
À terme, Africa2Moon vise bien plus grand : un réseau de 55 antennes, une par nation africaine, déployé sur la face cachée de la Lune. Mitchell a précisé, dans un entretien à Space.com, que cette seconde mission dépendrait probablement d'un nouveau partenariat avec la Chine, avec des sphères plus grandes voyageant sous une forme plate avant de se déployer en boule, et un auto-déploiement depuis l'atterrisseur permettant une dispersion plus rapide et plus aléatoire à la surface.
Une brique de plus dans la course sino-américaine
Chang'e 8 doit poser les bases de la future Station internationale de recherche lunaire, un projet porté par Pékin et destiné, à terme, à accueillir des taïkonautes. En accueillant Africa2Moon à son bord, aux côtés de charges utiles venues du Pakistan, d'Italie et de Thaïlande, la Chine élargit son réseau de partenaires spatiaux internationaux, dans une course où elle s'oppose au programme Artemis de la NASA. Les deux camps cherchent à rallier des nations à leur cause pour démontrer leur influence diplomatique.
Carla Mitchell, qui est aussi responsable du programme Afrique au sein de SARAO, a présenté la mission le 22 juillet 2026 lors du NASA Exploration Science Forum, organisé au Ames Research Center. Elle y a confié : « Quand j'étais petite, je pensais que l'espace n'était pas accessible aux Africains. Je n'aurais jamais imaginé me retrouver un jour à présenter notre mission lunaire à la NASA. », cite Paper Geek.
Dans l'assistance se trouvait Clive Neal, spécialiste de l'exploration lunaire et professeur à l'université de Notre Dame. Il a salué un projet mené « avec un budget dérisoire et grâce à des bénévoles » et a jugé la présentation de Mitchell inspirante, d'autant plus que la communauté des sciences planétaires aux États-Unis se plaignait, selon lui, du manque de financement. Selon lui, si la mission réussit, elle fera entrer concrètement l'Afrique dans l'ère spatiale.
Les signaux captés par BALLS seront transmis à l'atterrisseur chinois avant d'être relayés vers la Terre pour analyse. En 2029, ce sera aux trois petites sphères sud-africaines de tenter la première écoute africaine du cosmos depuis le pôle Sud de la Lune.








