Le 24 octobre 2025, le Sabor, parlement croate, a voté la réintroduction du service militaire obligatoire, aboli en 2008. Cette décision, prise à Zagreb dans un contexte de guerre prolongée en Ukraine et d’instabilité régionale en Europe, traduit une volonté politique affirmée : renforcer la sécurité nationale, mobiliser la jeunesse et adapter la défense du pays aux nouvelles menaces. 84 députés ont voté pour, 11 contre et 30 se sont abstenus.
Service militaire : une conscription courte, encadrée et rémunérée en Croatie
La réforme croate repose sur un modèle de service militaire réduit et modernisé. Dès 2026, chaque citoyen masculin né en 2007 devra effectuer une formation militaire de base d’une durée de deux mois, selon Euronews. Les appelés suivront un entraînement dans trois sites : Knin, Slunj et Požega. Le ministère de la Défense a expliqué que cette mesure vise à « enseigner aux jeunes les compétences nécessaires en situation de crise afin qu’ils puissent contribuer à la sécurité nationale ».
Afin de rendre ce service militaire attractif, l’État versera une rémunération nette d’environ 1 100 euros par mois, assortie de deux mois de cotisation retraite, selon le site officiel du gouvernement. Les conscrits seront répartis en cinq cohortes annuelles de jusqu’à 800 jeunes chacune, soit environ 4 000 appelés par an. Cette mobilisation représenterait un coût total estimé à 23,7 millions d’euros par an, selon le ministère de la Défense.
La guerre en Ukraine : les raisons géopolitiques d’un virage stratégique
Si la Croatie remet en place le service militaire, c’est d’abord en raison d’un contexte européen marqué par la guerre en Ukraine. Comme l’a affirmé le ministre de la Défense Ivan Anušić, « la défense de la République de Croatie est le devoir de tous les citoyens capables ». Pour le gouvernement, cette obligation est une réponse directe à la menace que fait peser la proximité du conflit ukrainien sur l’ensemble de l’Europe.
L’exécutif souligne en outre que la Croatie doit pouvoir s’appuyer sur une réserve formée et disponible. D’après la dépêche Hina, la nouvelle loi prévoit une formation civile de 3 à 4 mois pour les objecteurs de conscience, consacrée à la protection civile et aux collectivités locales. Ce dispositif, conjugué à la formation de base, devrait permettre à Zagreb de constituer une réserve active jusqu’à 55 ans.
L’adoption de cette réforme du service militaire en Croatie n’a pas fait l’unanimité. Si 84 députés ont soutenu la mesure, plusieurs formations politiques ont dénoncé un projet « anachronique » et « coûteux ». Certains parlementaires ont aussi critiqué le fait que les femmes en soient exemptées, tandis que les hommes seraient contraints de servir. À ce sujet, le ministre Anušić a assuré que « personne ne sera forcé de participer à l’entraînement militaire s’il ne le souhaite pas ».
Sur le plan pratique, des sanctions pouvant aller de 250 à 1 320 euros d’amende sont prévues pour les absents aux convocations, et la police pourra en assurer l’exécution. Cette politique répressive s’accompagne d’incitations sociales : les anciens conscrits pourront bénéficier d’avantages dans les concours de la fonction publique.








