Israël fait de l’influence un front stratégique à part entière

Selon les documents étudiés, certains prestataires ont créé des sites spécialisés sur la coopération militaire israélo-américaine, l’aide humanitaire, le droit de la guerre ou la menace iranienne.

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Israël fait de l’influence un front stratégique à part entière © Armees.com

Une étude du Quincy Institute documente la montée en puissance, depuis le 7 octobre 2023, d’un dispositif israélien de communication stratégique visant notamment l’opinion américaine. Son enquête révèle une industrialisation des moyens d’influence : Israël aurait consacré plus d’un milliard de dollars à sa diplomatie publique depuis octobre 2023..

Influenceurs conservateurs, voyages de responsables religieux, campagnes publicitaires, SMS ciblés et contenus conçus pour remonter dans les réponses des intelligences artificielles : depuis le début de la guerre à Gaza, Israël a considérablement renforcé son appareil de diplomatie publique.

Dans une étude publiée le 24 juillet, le Quincy Institute for Responsible Statecraft décrit cette bataille des perceptions comme le « huitième front » du conflit. L’expression, reprise par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, place désormais la guerre informationnelle au même niveau stratégique que les opérations militaires menées à Gaza, au Liban ou face à l’Iran.

Le rapport, intitulé The Eighth Front: Inside Israel’s $1 Billion Influence Campaign, s’appuie sur des marchés publics israéliens, des documents budgétaires et des déclarations déposées aux États-Unis au titre du Foreign Agents Registration Act, le FARA. Ce registre impose aux acteurs travaillant pour le compte d’un mandant étranger de déclarer certaines activités politiques et de relations publiques. L’enquête ne met pas au jour une opération clandestine unique. Elle décrit plutôt un écosystème de ministères, d’agences de communication, de cabinets américains et de sociétés technologiques chargés de décliner les priorités israéliennes auprès de publics ciblés.

Un dispositif organisé par segments d’audience

Aux États-Unis, trois groupes apparaissent prioritaires : les jeunes, les conservateurs liés au mouvement MAGA et les chrétiens évangéliques.

Ce ciblage répond à une évolution défavorable de l’opinion américaine. Le soutien à Israël demeure fort chez les républicains, mais il recule chez les jeunes générations, les indépendants et une partie de la droite populiste. L’objectif n’est donc plus seulement de convaincre les opposants, mais aussi de prévenir l’érosion de soutiens historiquement acquis.

Parmi les opérations recensées figure un projet officiellement intitulé America First MAGA Influencer Trip. Le ministère israélien des Affaires étrangères prévoyait de financer le déplacement de jeunes créateurs de contenu conservateurs, avec des rencontres politiques, diplomatiques et militaires.

La logique est classique en matière d’influence : substituer au message institutionnel le témoignage d’une personnalité perçue comme autonome et proche de son audience. L’influenceur ne relaie pas nécessairement un discours rédigé à l’avance. Il produit un récit personnel à partir d’une expérience soigneusement organisée.

Le rapport décrit aussi une campagne baptisée Esther Project, dotée d’environ 900 000 dollars et destinée à financer plusieurs dizaines de publications sur les réseaux sociaux. D’autres contrats concernent l’envoi massif de SMS, la diffusion de vidéos et l’achat d’espaces publicitaires.

Le groupe français Havas apparaît comme l’un des principaux intermédiaires entre les autorités israéliennes et leurs sous-traitants étrangers. Cette architecture permet de mobiliser rapidement des compétences locales tout en rendant moins lisible la chaîne entre le gouvernement commanditaire et le message reçu par le public.

Le nouveau terrain des intelligences artificielles

Le volet le plus novateur concerne les systèmes d’IA générative.

Selon les documents étudiés, certains prestataires ont créé des sites spécialisés sur la coopération militaire israélo-américaine, l’aide humanitaire, le droit de la guerre ou la menace iranienne. Leur référencement devait être optimisé afin qu’ils apparaissent dans les moteurs de recherche et puissent être repris par les assistants d’intelligence artificielle connectés au Web.

Il ne s’agit pas d’une intrusion dans les modèles. La stratégie consiste à agir sur leur environnement documentaire : multiplier des contenus structurés, visibles et facilement accessibles afin d’augmenter la probabilité qu’ils soient sélectionnés comme sources.

Cette méthode constitue une évolution importante de la guerre informationnelle. Les campagnes d’influence ne cherchent plus seulement à atteindre directement des individus. Elles tentent aussi de façonner les corpus intermédiaires à partir desquels les plateformes automatisées organisent l’information.

L’étude documente l’existence de cette ambition, mais pas son efficacité. Les prestataires concernés affirment avoir obtenu des résultats sans fournir de données permettant de mesurer une modification réelle des réponses produites par les principaux modèles.

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