Guerre en Ukraine : un budget militaire en hausse de 3,4 % pour la Russie en 2025

La Russie augmente de 3,4 % son budget militaire en 2025, malgré les sanctions. Une stratégie de guerre prolongée s’impose dans les finances publiques

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Guerre en Ukraine : un budget en hausse de 3,4 % pour la Russie en 2025 | Armees.com

Malgré les pourparlers en cours pour mettre fin à la guerre en Ukraine, désormais entrée dans sa quatrième année, la Russie prévoit une nouvelle hausse de son budget militaire en 2025. Une orientation structurelle qui contredit les prédictions de certains analystes, qui annonçaient l’essoufflement économique de Moscou. Comme le révèle le rapport du SIPRI publié le 8 avril 2025, le Kremlin continue de structurer son économie autour du conflit, tout en dissimulant l’essentiel de ses dépenses de défense.

Un budget militaire de 163,8 milliards d’euros pour la Russie en 2025

Selon le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) — institut de recherche indépendant spécialisé sur les conflits armés, les armements, les dépenses militaires et la sécurité mondiale — le budget militaire russe atteint 15,5 trillions de roubles en 2025 — soit environ 163,8 milliards d’euros (au taux de change de 1 euro pour 94 roubles). Ce chiffre marque une hausse de 3,4 % en termes réels par rapport à l’année précédente, et représente désormais 7,2 % du produit intérieur brut, pour 37 % du budget fédéral total.

Cette orientation traduit une priorisation nette et assumée de l’appareil militaire, malgré un environnement macroéconomique sous tension. À rebours des prédictions de nombreux analystes qui annonçaient l’effondrement progressif des finances russes sous le poids des sanctions, le Kremlin maintient un équilibre budgétaire robuste, avec un déficit limité à 0,5 % du PIB prévu en 2025.

Cette trajectoire, loin d’un ajustement conjoncturel, s’inscrit dans une stratégie durable de militarisation de l’économie : l’armée devient un pôle structurant du budget fédéral, au même titre que l’énergie ou les retraites.

Un camouflage de plus en plus systémique

Le chiffre officiel de 13 087 milliards de roubles, soit environ 139,2 milliards d’euros, attribué au chapitre « Défense nationale », ne reflète qu’une partie de l’effort de guerre. Le SIPRI souligne qu’« une part croissante du total des dépenses militaires n’apparaît plus dans le chapitre “Défense nationale” du budget ».

En pratique, de nombreuses charges liées à la guerre en Ukraine sont ventilées dans d’autres rubriques : compensations pour les soldats morts ou blessés, primes de recrutement, soutien aux industries de défense. Ces dépenses sont dissimulées dans les postes « politique sociale », « logement » ou encore « sécurité intérieure ».

Le budget classifié atteint un seuil record de 29,2 % du budget fédéral russe, soit 12 121 milliards de roubles (128,9 milliards d’euros), selon le rapport.

Pérenniser la mobilisation par des leviers financiers

Pour financer cette trajectoire sans creuser le déficit, le gouvernement russe a réduit de 1,4 trillion de roubles — soit environ 14,9 milliards d’euros – les transferts au Fonds national de retraite et d’assurance sociale. Comme l’indique le rapport : « Cette économie de 1 400 milliards de roubles en 2025 explique en partie comment il a été possible d’augmenter de nouveau les dépenses militaires dans le projet de budget 2025. »

Cette reconfiguration permet d’afficher des comptes équilibrés, tout en réaffectant discrètement les ressources aux besoins du front. Les lignes budgétaires dédiées au soutien social des militaires s’élèvent à 835 milliards de roubles, soit environ 8,83 milliards d’euros. Une partie de ces montants reste elle aussi classifiée.

D’autre part, le rapport indique que depuis juillet 2024, la prime d’engagement pour les nouveaux soldats sous contrat a doublé, atteignant désormais 400 000 roubles, soit environ 4 255 euros. Autant d’indicateurs qui confirment la volonté de pérenniser la mobilisation par des leviers financiers directs.

Une économie toujours plus orientée vers un conflit de longue durée

À rebours des narratifs alarmistes relayés depuis 2022, la Russie ne montre pas les signes d’un effondrement budgétaire. Le FMI prévoit une croissance de 2,5 % du PIB en 2025, après un solide +4,1 % en 2024.

L’inflation demeure certes élevée, mais le budget reste maîtrisé, l’endettement contenu et les recettes fiscales stables, soutenues par les exportations énergétiques. Ce n’est pas tant une économie en crise qu’une économie de plus en plus militarisée, comme le confirme le rapport du SIPRI.

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