Dans le contexte du conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine, les fabricants de munitions incitent les décideurs politiques européens à accroître les financements pour renforcer la production de composants cruciaux nécessaires à la fabrication d’obus d’artillerie de 155mm. Des acteurs clés tels que Nammo et KNDS ont insisté sur ce point lors du salon de la défense Eurosatory qui a eu lieu à Paris.
Selon Morten Brandtzaeg, PDG de Nammo, l’exigence actuelle d’augmenter la production d’obus d’artillerie pour soutenir l’Ukraine dans sa défense contre l’invasion russe, s’apparente à « une guerre industrielle ». Il souligne la nécessité d’une action allant au-delà du programme ASAP de 500 millions d’euros (536 millions de dollars) alloué en mars par l’Union Européenne.
Malgré les déclarations de l’UE, affirmant que la capacité de production annuelle d’obus de 155mm a atteint un million en janvier, seuls un peu plus d’un demi-million d’obus étaient potentiellement livrables à l’Ukraine en mars. Le programme ASAP devrait néanmoins permettre d’augmenter la capacité de production européenne à 2 millions d’obus par an d’ici fin 2025.
Dominique Guillet, vice-président des munitions chez KNDS, a souligné que la nécessité d’augmenter la production de matières premières a été reconnue dans le cadre du programme ASAP. Les entreprises peuvent ainsi avancer sans nouvel appel d’offres, à condition que la Commission européenne choisisse d’investir 200 millions d’euros supplémentaires.
Outre le financement, Guillet a insisté sur la nécessité de prendre en compte un financement pour la recherche et le développement qui tiendrait compte de l’importance de la précision et de la portée dans les futures munitions, ainsi que des nouvelles évolutions comme les munitions d’attente.
Face à la demande croissante et aux volumes massifs, les fabricants de munitions devront élaborer des stratégies pour gérer les actifs après le pic de production, a souligné Thierry Francou, PDG d’Eurenco, fabricant français de propergol pour l’artillerie. Francou a également réitéré ses préoccupations concernant la hausse des prix due à l’augmentation des coûts dans la chaîne d’approvisionnement, principalement liée à la demande en machines et aux coûts énergétiques.
Le PDG de Nammo, Brandtzaeg, a déconseillé la consolidation de l’industrie, estimant qu’il est préférable de se concentrer sur la croissance individuelle que sur l’intégration, en particulier lorsque les approvisionnements sont limités. Guillet et Francou ont également approuvé ce point de vue.
La production d’obus de 155mm en Europe occidentale est connue pour coûter entre 5 000 et 10 000 dollars pour des munitions haut-de-gamme. Cependant, la hausse des prix n’est pas seulement liée au conflit en Ukraine. La pandémie de COVID-19 a également joué un rôle crucial, entraînant un doublement des prix des munitions de petit calibre.
Ces circonstances ont amené à accepter des coûts élevés pour anticiper la production et éviter des retards. Tandis qu’une production à moindre coût pourrait être envisageable sur le long terme, l’accélération immédiate constitue un impératif coûteux mais nécessaire dans le contexte actuel.








