Lorenzo Mariani prend les rênes du géant italien de la défense Leonardo
Lorenzo Mariani, 62 ans, accède ce jeudi 7 mai à la présidence-direction générale de Leonardo, pilier européen de la défense et de l’aéronautique. Cette nomination consacre un virage stratégique pour le groupe transalpin, marqué par l’avènement d’un dirigeant au profil résolument industriel, pétri par plus de trois décennies d’immersion au cœur de l’entreprise.
Cette transition s’opère dans le sillage du mandat de Roberto Cingolani, physicien émérite et ancien ministre de la Transition écologique, qui avait endossé cette responsabilité en 2023. À rebours du parcours atypique de son prédécesseur, Lorenzo Mariani incarne la continuité opérationnelle et l’expertise technique forgée au gré des métamorphoses successives du conglomérat.
Un parcours forgé dans les rouages de Leonardo
Lorenzo Mariani a façonné l’intégralité de son parcours professionnel au sein de Leonardo et de ses filiales depuis 1992. Gravissant méthodiquement les échelons hiérarchiques, il s’est immergé dans l’univers des différentes entités du groupe : Alenia, Selex, MBDA, s’imprégnant d’une compréhension holistique des métiers et des défis industriels qui animent le géant italien.
Promu co-directeur général le 1er juin 2023 et président du conseil d’administration de MBDA Italie, il orchestrait notamment les activités internationales de Leonardo. Selon BFM TV, sa démission de son poste de co-directeur, survenue approximativement deux années plus tard, découlerait de tensions avec Roberto Cingolani, laissant entrevoir des divergences de vision concernant la trajectoire stratégique du groupe.
Des résultats financiers spectaculaires sous l’ère Cingolani
Le mandat de Roberto Cingolani aura orchestré une séquence d’expansion remarquable pour Leonardo. La capitalisation boursière du groupe, dont l’État italien conserve 30,2% du capital, s’est envolée de 677% au cours du quinquennat écoulé. Cette performance exceptionnelle s’inscrit dans la dynamique ascendante des marchés de défense, galvanisés par l’exacerbation des tensions géopolitiques consécutives à l’agression russe en Ukraine de février 2022.
Le chiffre d’affaires a connu une trajectoire ascendante saisissante, culminant à 19,5 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 33% sur trois exercices. Cette expansion témoigne de l’aptitude du groupe à capitaliser sur l’appétit croissant pour les équipements militaires et systèmes défensifs dans un environnement sécuritaire fragilisé.
Un portefeuille de partenariats stratégiques en expansion
Leonardo s’est distingué par une politique volontariste d’alliances industrielles et de coentreprises. Le conglomérat italien collabore désormais avec l’allemand Rheinmetall dans l’élaboration de blindés, développe des systèmes de drones en synergie avec le turc Baykar, et participe aux programmes spatiaux aux côtés d’Airbus et Thales. Cette approche collaborative s’illustre parfaitement dans les récentes initiatives du groupe, notamment dans le domaine des satellites où Leonardo milite pour une consolidation européenne face à la concurrence américaine.
L’engagement le plus ambitieux concerne la collaboration tripartite avec le Japon et le Royaume-Uni pour la conception d’aéronefs de combat de nouvelle génération. Cette initiative illustre l’ascension de Leonardo sur les segments technologiques de pointe, fondamentaux pour préserver sa compétitivité face aux mastodontes américains et européens du secteur.
Le défi du « dôme Michelangelo » et l’innovation défensive
Parmi les projets les plus emblématiques du portefeuille Leonardo, le système « dôme Michelangelo » cristallise une ambition technologique majeure. Dévoilé fin 2025, ce dispositif logiciel aspire à interconnecter radars, missiles et systèmes de commandement européens pour orchestrer les ripostes aux agressions aériennes.
S’inspirant du « dôme de fer » israélien, ce projet doit atteindre sa maturité opérationnelle fin 2027. Il constitue un enjeu névralgique pour l’autonomie défensive européenne et pourrait consacrer Leonardo comme acteur central dans l’architecture sécuritaire continentale.
Les attentes des marchés face au changement de direction
La désignation de Lorenzo Mariani suscite des réactions nuancées sur les places financières. Les analystes d’Equita anticipent « une continuité stratégique » grâce à l’expérience du nouveau dirigeant, toutefois l’action Leonardo a accusé une chute de 7,13% à la Bourse de Milan suite à l’annonce, s’établissant à 55,20 euros.
Cette volatilité traduit les interrogations des investisseurs quant à l’orientation future du groupe. Après une séquence marquée par une communication offensive et une multiplication des annonces de partenariats, l’ère Lorenzo Mariani pourrait privilégier l’optimisation des capacités productives et la consolidation des acquis.
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