2 080 missiles Tomahawk partis du jour au lendemain, la Marine est aujourd’hui désespérée pour protéger ses sous-marins classe Ohio

Un sous-marin part, et c’est toute la Marine américaine qui découvre un trou de 2 080 cellules de lancement. Remplacer cette capacité ? Il faudrait 3,5 sous-marins Virginia pour un seul Ohio.

Publié le
Lecture : 3 min
2 080 missiles Tomahawk partis du jour au lendemain, la Marine est aujourd'hui désespérée pour protéger ses sous-marins classe Ohio
2 080 missiles Tomahawk partis du jour au lendemain, la Marine est aujourd’hui désespérée pour protéger ses sous-marins classe Ohio © Armees.com

Le sous-marin nucléaire USS Georgia est entré pour la dernière fois à la base navale de Kings Bay, en Géorgie, le 27 juillet 2026. Le 31 juillet, il a entamé son processus de désarmement après 42 années de service actif.

L’USS Georgia devient ainsi le premier des quatre sous-marins lance-missiles guidés de classe Ohio à quitter la flotte, une sortie qui expose un déficit de 2 080 cellules de lancement vertical découvert par l’US Navy en mars 2026, en pleine planification de routine de la modernisation de sa flotte.

Le chiffre recouvre deux pertes distinctes. Les quatre sous-marins convertis, l’USS Ohio, l’USS Michigan, l’USS Florida et l’USS Georgia, représentent à eux seuls 616 tubes capables de tirer des missiles Tomahawk, une capacité qu’aucune autre plateforme ne reproduit à l’identique.

Les douze croiseurs vieillissants de classe Ticonderoga en ajoutent 1 464 autres. Au total, ces 2 080 cellules sont appelées à disparaître alors que les chantiers navals américains sont déjà freinés par des pénuries de main-d’œuvre et des arriérés de construction.

Un calcul

Ce total vient d’un calcul du correspondant de Naval News Peter Ong, rapporté par l’Indian Defence Review, selon lequel cela donne un total de 1 464 cellules VLS pour les croiseurs et 616 cellules VLS pour les SSGN, soit un total combiné de 2 080 cellules VLS.

Face à ce manque de capacité, la Marine a déjà repoussé le retrait des trois autres sous-marins. Interrogé lors d’un événement du Center for Strategic and International Studies en octobre 2024, le vice-amiral James Pitts avait reconnu sans détour que la flotte allait perdre une capacité significative avec le désarmement des SSGN dans les années à venir.

Brent Sadler, chercheur senior à la Heritage Foundation, va plus loin, estimant que les SSGN représentent une capacité tellement importante qu’il n’existe aucun remplacement immédiatement disponible.

Des sous-marins convertis pour la frappe conventionnelle

Les quatre bâtiments ont été mis en service dans les années 1980 comme sous-marins lanceurs d’engins balistiques, conçus pour emporter des missiles nucléaires Trident. Entre 2002 et 2007, la Marine les a convertis pour transporter des missiles de croisière conventionnels : 22 des 24 tubes de chaque coque ont été réaménagés pour contenir sept Tomahawks chacun, soit jusqu’à 154 missiles par sous-marin. Les deux tubes restants sont devenus des sas permettant l’insertion clandestine de Navy SEALs.

Cette polyvalence a valu aux SSGN quelques faits d’armes. En 2011, l’USS Florida a tiré plus de 90 Tomahawks sur la Libye, une première pour ce type de bâtiment en situation de combat. L’USS Georgia, lui, a participé aux frappes de juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens dans le cadre de l’opération Midnight Hammer, puis à l’opération Epic Fury lors de sa dernière patrouille.

Un calendrier déjà bousculé

Le plan initial prévoyait de retirer l’USS Ohio et l’USS Florida dès l’année fiscale 2026, puis l’USS Michigan et l’USS Georgia en 2028. Ce calendrier a commencé à être révisé en septembre 2025 : l’Ohio et le Florida ont disparu d’un mémo interne listant les désarmements prévus pour 2026, des responsables confirmant que les deux bâtiments resteraient finalement en service.

C’est donc l’USS Georgia qui est parti en premier. Le nouveau calendrier, étalé, prévoit le retrait de l’Ohio en année fiscale 2027, du Florida en 2028 et du Michigan en 2029. Le Georgia doit rester à Kings Bay avant d’être transféré au chantier naval de Norfolk, où son inactivation est prévue en juillet 2027.

Le Florida, lui, était rentré à Kings Bay en juillet 2024 après un déploiement de 727 jours couvrant trois zones de flotte, du Moyen-Orient au Pacifique.

Le Virginia, un remplaçant loin de suffire

La solution retenue repose sur les sous-marins d’attaque de classe Virginia du bloc V, équipés du Virginia Payload Module. Cette section de coque supplémentaire porte la capacité de missiles à 40 tubes par bâtiment, contre 12 auparavant, ajoutant 28 Tomahawks. Un SSGN de classe Ohio en embarque 154. Selon une estimation d’USNI News, il faudrait environ 3,5 nouveaux sous-marins Virginia pour remplacer un seul SSGN de classe Ohio.

Encore faudrait-il que les chantiers navals suivent. Leur capacité a diminué d’environ 30 % depuis la guerre du Golfe, selon l’analyse du média 19FortyFive. Et ils doivent produire en parallèle les Virginia et les nouveaux sous-marins lanceurs d’engins de classe Columbia, qui doivent eux remplacer les Ohio porteurs de Trident nucléaire.

La pression sur le programme Columbia

Le premier sous-marin de classe Columbia doit rejoindre la flotte d’ici 2030 pour éviter une rupture dans la couverture de la dissuasion nucléaire, les Ohio porteurs d’engins balistiques commençant eux aussi à être retirés à partir de 2027. Le programme, chiffré à environ 130 milliards de dollars pour douze bâtiments, accuse déjà plus d’un an de retard et des centaines de millions de dollars de dépassement sur le premier exemplaire.

Le général Anthony Cotton, commandant de l’US Strategic Command, a suggéré que la Marine devrait étendre sa flotte au-delà des douze Columbia prévus. L’Ohio, le Michigan et le Florida, eux, restent en service, chacun avec ses 154 Tomahawks toujours à bord.

Laisser un commentaire

Share to...