Yuri Abrosimov, PDG de l’avionneur russe Tupolev, a confirmé le 15 octobre la reprise de la production du Tu-160, le plus grand et le plus lourd bombardier supersonique au monde, rapporte BFMTV. Moscou affirme avoir reconstitué toute la base industrielle nécessaire à la fabrication de cet appareil, destiné à renforcer la force nucléaire stratégique russe.
L’idée de relancer cette production avait été annoncée par le président russe Vladimir Poutine il y a plus de dix ans. Surnommé « Cygne blanc » par les Russes et Blackjack par l’OTAN, l’avion avait été développé par l’Union soviétique à partir des années 1970 pour rivaliser avec le B-1 américain, avant d’effectuer son premier vol le 18 décembre 1981.
Une refonte touchant 80 % des systèmes
La version relancée, baptisée Tu-160M, conserve les lignes de l’appareil d’origine, avec ses ailes à géométrie variable dont l’angle varie de 20 à 65 degrés selon les conditions de vol. Mais sous cette carlingue inchangée, environ 80 % des systèmes et équipements ont été renouvelés sur une base technologique entièrement nouvelle, selon Abrosimov.
Le programme introduit de nouveaux moteurs NK-32-02, une avionique rénovée et des systèmes de navigation, de communication et de contrôle des armes entièrement neufs. L’architecture modulaire des nouveaux équipements permet désormais de remplacer un radar ou un système de communication sans repenser toute l’électronique de bord. L’appareil reste capable d’emporter des missiles conventionnels ou nucléaires à longue portée.
Une industrie entièrement à reconstruire
Le principal obstacle n’était pas la conception de l’avion, mais la reconstruction du squelette industriel nécessaire à sa fabrication. Après la dislocation de l’URSS, le savoir-faire et les chaînes d’approvisionnement s’étaient évaporés. Il a fallu recréer les circuits de matières premières et de produits semi-finis, et réintroduire des procédés comme le soudage par faisceau d’électrons ou le recuit sous vide des pièces en titane, avec des équipements modernes.
L’usine de Kazan a fait l’objet d’une modernisation en profondeur. Le projet a volontairement associé de jeunes ingénieurs à des spécialistes expérimentés de l’ère soviétique, pour que le savoir-faire ne se perde pas une seconde fois.
Les ambitions initiales étaient autrement plus larges. Le plan prévoyait à l’origine la commande de 50 appareils ; il a finalement été ramené à un contrat portant sur 10 Tu-160M sur la période 2018-2027. Le ministre de la Défense russe a annoncé la réception de quatre exemplaires en 2025, après plusieurs reports.
Une confusion persiste sur la nature exacte de ces livraisons : s’agit-il de constructions entièrement neuves ou d’appareils soviétiques profondément modernisés ? Des analyses en sources ouvertes suggèrent que la flotte réellement opérationnelle reste limitée, une grande partie des bombardiers étant encore en maintenance ou en cours de mise à niveau. Le retour du Tu-160M reste un succès technologique indéniable, mais sa montée en puissance réelle s’annonce lente, loin des 50 appareils évoqués au départ.
Ce bombardier reste l’une des composantes de la triade nucléaire russe, aux côtés des missiles balistiques intercontinentaux et des sous-marins lanceurs d’engins. La Russie peine à importer les composants électroniques de pointe nécessaires à la production d’avions modernes, ce qui fait de la modernisation des appareils soviétiques une solution à court terme.
Moscou continue d’ailleurs à utiliser en Ukraine d’autres appareils hérités de cette époque, comme les Soukhoï Su-24 entrés en service en 1974 ou les Tupolev Tu-95 conçus dans les années 1950.
Les États-Unis misent eux aussi sur leurs vieux appareils. Le B-52 Stratofortress, conçu par Boeing, a effectué son premier vol le 15 avril 1952. Sur 744 exemplaires construits, plusieurs dizaines restent en service, capables d’emporter jusqu’à 32 tonnes d’armement et de frapper des cibles à des milliers de kilomètres sans survoler le territoire ennemi.
L’US Air Force prévoit de remplacer les huit moteurs de chaque appareil par des Rolls-Royce F-130, pour un programme qui concerne 76 avions, 608 moteurs, et pourrait coûter près de 15 milliards de dollars. Actuellement en phase d’essais, ce chantier doit équiper les premiers B-52 opérationnels à partir de 2033, pour une carrière prolongée jusqu’en 2050, soit 100 ans de service.
Des appareils occidentaux comme le Rafale, premier vol il y a près de 40 ans, le F-16, plus de 50 ans, ou l’Eurofighter Typhoon, plus de 30 ans, restent eux aussi pleinement opérationnels grâ.








