La Chine suit le navire de guerre américain USS Charleston, conflit à propos d’un récif disputé

Un navire américain frôle un récif disputé, la Chine riposte aussitôt, les Philippines démentent tout, et un second face-à-face éclate près de Taïwan le même jour. Tensions maritimes, jeu dangereux : la suite s’annonce explosive.

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La Chine suit le navire de guerre américain USS Charleston, conflit à propos d'un récif disputé
La Chine suit le navire de guerre américain USS Charleston, conflit à propos d’un récif disputé © Armees.com

La Chine a mobilisé des forces navales pour suivre l’USS Charleston, un navire de guerre américain repéré près du récif de Sabina, en mer de Chine méridionale. Selon l’agence de presse d’État Xinhua, citant le commandement militaire du théâtre Sud, le bâtiment est entré tôt mardi 20 octobre 2026 dans des eaux revendiquées par Pékin, sans l’autorisation chinoise.

L’armée chinoise a qualifié cette traversée d’illégale. Dans une déclaration relayée par Xinhua, le commandement du théâtre Sud a affirmé que l’opération américaine violait les droits de souveraineté de la Chine, mettait en danger la sécurité maritime et nuisait à la paix et à la stabilité régionales.

Il a ajouté que la partie américaine devrait cesser immédiatement de telles activités. Les forces chinoises disent avoir suivi et surveillé le Charleston ; aucune expulsion ni collision n’a été signalée.

Les Philippines ont aussitôt rejeté cette version. Un porte-parole des forces armées philippines a déclaré, selon Reuters, que le navire américain n’était pas entré en territoire chinois et qu’aucun État ne pouvait exiger d’autorisation préalable pour un passage légitime en eaux internationales.

Un récif disputé, une revendication contestée par la justice internationale

Le récif de Sabina appartient à l’archipel des Spratleys, où les revendications de la Chine, des Philippines, du Vietnam, de la Malaisie, du Brunei et de Taïwan se chevauchent. Pékin invoque une souveraineté jugée incontestable sur ce récif, situé à environ 130 km de l’île philippine de Palawan, donc dans la zone économique exclusive de Manille, alors que le territoire chinois incontesté le plus proche, Hainan, se trouve à plus de 1 000 km.

La ligne en neuf traits sur laquelle Pékin fonde ses prétentions a pourtant été jugée incompatible avec le droit maritime par un tribunal arbitral international en 2016, une décision que la Chine ignore.

Le Charleston est un navire de combat littoral de classe Independence, rattaché à la flotte américaine. Celle-ci a indiqué qu’il s’agissait d’une manœuvre de routine en eaux internationales, où la liberté de navigation s’applique à tous les pays. Washington mène régulièrement ce type d’opération pour contester des revendications maritimes jugées excessives.

Ce passage intervient alors que les États-Unis et les Philippines sont liés par un traité de défense mutuelle, ce qui expose Washington à s’impliquer davantage dans les différends maritimes de la région.

Manille accuse l’ambassadeur chinois de menaces

Les relations entre Pékin et Manille sont particulièrement tendues. En septembre, les garde-côtes philippins avaient accusé un navire chinois d’avoir percuté et endommagé un bateau philippin près du récif de Sabina lors d’une mission de ravitaillement en carburant, la Chine rejetant la faute sur la partie philippine.

Une nouvelle collision entre unités des deux garde-côtes s’est produite vers le 8 octobre, chaque camp s’en renvoyant la responsabilité. Les navires de la garde côtière chinoise, nettement supérieurs en nombre à ceux de Manille, agissent régulièrement de façon agressive contre les bateaux philippins, à coups de canons à eau et de manœuvres de percussion.

La semaine précédant l’incident du Charleston, l’ambassadeur de Chine aux Philippines, Jing Quan, avait tenu des propos jugés menaçants dans les médias philippins. Il avait déclaré que, s’ils voulaient utiliser la force, ils pourraient facilement gagner, mais qu’ils n’utiliseraient pas la force, car ils aimaient la paix.

Dix députés philippins ont réclamé qu’il soit déclaré persona non grata, et le ministère des Affaires étrangères a convoqué le diplomate pour lui signifier que ses propos étaient provocateurs et inacceptables. Dans ce climat, le passage du Charleston est lu comme un signal de soutien de Washington au gouvernement du président Ferdinand Marcos.

Un second navire chinois repéré près de Taïwan

Indépendamment du Charleston, un autre face-à-face s’est déroulé le même mardi matin, à environ 1 200 km plus au nord. Selon les garde-côtes taïwanais, le navire chinois « 3102 », son système d’identification automatique désactivé, s’est approché des îles Pratas, contrôlées par Taipei depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, et a pénétré dans des eaux à accès restreint. Taïwan a envoyé le Taichung pour le surveiller et exiger son départ.

Les deux bâtiments ont échangé des messages par radio. Le navire chinois a affirmé que la « soi-disant République de Chine » n’existait pas. Le Taichung a répliqué que la République de Chine, Taïwan, était un État souverain et indépendant. L’île, inhabitée hormis quelques dizaines d’hommes des garde-côtes, a vu sa jetée agrandie en septembre pour accueillir un navire de patrouille de 100 tonnes, mais les grands bâtiments doivent toujours mouiller en bordure du récif.

Washington évoque une forme de guerre à bas bruit

Cette présence chinoise grandissante à l’est de Taïwan répond aux discussions engagées en juin 2026 entre le Japon et les Philippines pour délimiter leurs zones économiques exclusives qui se chevauchent dans ce secteur. À Taipei, elle est perçue comme une première étape vers l’isolement de l’île, et suscite de l’inquiétude à Washington.

Randall Schriver, qui a dirigé une délégation américaine à Taïwan, a jugé mardi que les patrouilles constantes de la garde côtière chinoise s’apparentaient à une forme de guerre. Il a déclaré que cela était extrêmement déstabilisant.

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