Deux jours à peine après avoir pris la mer, le porte-avions britannique de 65 000 tonnes a dû jeter l’ancre au large de l’île de Wight. En cause, une défaillance d’un accouplement sur l’arbre d’hélice tribord, découverte alors que le navire venait tout juste de prendre le large, raconte le 19fortyfive.
La mission a été annulée sur-le-champ et le bâtiment a rebroussé chemin vers le port. Des plongeurs de la Royal Navy ont ensuite constaté des dommages importants sur l’arbre et sur l’hélice de 33 tonnes, ainsi que des dégâts superficiels au gouvernail.
L’hélice a été retirée avant que le Prince of Wales ne navigue vers le nord sur un seul arbre pour rejoindre le chantier de Rosyth, où il est resté en cale sèche jusqu’au 21 juillet 2023. La facture des réparations s’est élevée à environ 25 millions de livres sterling.
Un défaut présent depuis la construction
L’enquête officielle a établi que l’arbre tribord avait été mal aligné dès sa fabrication, et que des composants clés avaient été installés incorrectement. Le ministère de la Défense a identifié un facteur causal unique, auquel s’ajoutent de nombreux facteurs contributifs et aggravants.
L’accouplement défaillant reliait les deux dernières sections de cet arbre, un élément qui traverse une grande partie de la coque et doit rester parfaitement aligné à travers ses paliers et ses supports pour transférer le couple vers l’hélice.
Le problème avait pourtant été examiné pendant la construction : la décision avait alors été prise de procéder aux essais en mer avec une surveillance supplémentaire. Le navire a ensuite parcouru des milliers de milles nautiques alors que les relevés de vibrations restaient dans les limites admises. Il a reçu ses certificats navals et ceux du Lloyd’s Register en 2019, sans restriction imposée sur les arbres ni exigence de surveillance continue transmise à la Marine.
Après la défaillance côté tribord, les ingénieurs ont découvert un problème d’alignement sur l’arbre bâbord. Les deux côtés ont été réparés. Des vérifications menées sur le navire-jumeau, le HMS Queen Elizabeth, n’ont en revanche révélé aucun défaut comparable, ce qui a conduit le ministère de la Défense à écarter l’hypothèse d’un défaut touchant toute la classe de navires.
L’épisode a d’autant plus pesé qu’il survenait après un autre incident : entre octobre 2020 et avril 2021, le Prince of Wales avait déjà passé 193 jours à quai pendant que des ouvriers réparaient des dégâts dus à une inondation.
L’incident a compromis le déploiement baptisé WESTLANT 22, un programme de trois mois vers l’Amérique du Nord destiné à développer les opérations du F-35B et à tester des aéronefs sans pilote. Le HMS Queen Elizabeth a traversé l’Atlantique pour reprendre une partie du travail diplomatique et opérationnel, permettant à la Royal Navy de tenir ses engagements envers l’OTAN.
Il n’a toutefois pas pu reproduire l’intégralité du programme d’essais dans les délais, le Prince of Wales transportant un équipement spécialisé pour les essais de vol en développement. Les essais perdus sur le F-35 et les drones ont été reportés à 2023.
La Marine a d’abord payé la facture de réparation sur son propre budget, les responsables indiquant que la responsabilité n’avait pas encore été établie. Le navire avait été livré par l’Aircraft Carrier Alliance, un partenariat associant le ministère de la Défense à BAE Systems, Babcock et Thales.
Devant le Parlement, des responsables ont fait valoir qu’une extension de garantie pour un projet de cette ampleur aurait coûté bien plus cher que la réparation elle-même, une explication qui n’a pas effacé le fait qu’un problème d’alignement connu avait été jugé acceptable, avait passé les essais, puis était devenu un incident majeur trois ans après l’acceptation du navire.
En février 2024, le Prince of Wales s’est préparé en huit jours pour remplacer son navire-jumeau lors d’un exercice majeur de l’OTAN, après que des inspecteurs eurent découvert un problème différent sur l’accouplement de l’arbre tribord du Queen Elizabeth. Le gouvernement a précisé que ce second défaut n’était pas identique à celui de 2022, mais l’épisode a montré l’intérêt opérationnel de disposer de deux porte-avions, même lorsque chacun passe de longues périodes en maintenance.
Le Prince of Wales a ensuite achevé le travail perdu en 2022 lors d’un déploiement américain en 2023, puis dirigé en 2025 une campagne vers l’Indo-Pacifique de huit mois et plus de 74 000 kilomètres, traversant trois océans. Le 24 juillet 2026, il est rentré à Portsmouth après trois mois à la tête de l’opération Firecrest dans l’Atlantique Nord et l’Arctique.








