L’Armée de l’Air et de l’Espace élargit rapidement son arsenal. Rafale F5 profondément modernisé, drones produits en série et exploitation militaire de la très haute altitude doivent permettre à la France de répondre à des menaces plus nombreuses et plus difficiles à neutraliser. Cette transformation concerne autant les technologies que les méthodes industrielles et opérationnelles.
Le Rafale F5 doit devenir le centre d’un système de combat connecté
Le Rafale restera l’un des principaux piliers de l’Armée de l’Air au cours de la prochaine décennie. Mais l’appareil qui volera dans les années 2030 sera sensiblement différent de celui utilisé actuellement. Selon les éléments présentés début octobre par le général Jérôme Bellanger à Évreux et rapportés notamment par Le Point, l’objectif n’est plus seulement d’améliorer progressivement le chasseur français. Il s’agit de l’adapter à des opérations où les défenses aériennes, le brouillage électronique et les drones seront omniprésents. La Direction générale de l’armement a ainsi annoncé en septembre 2026 plusieurs contrats préparatoires avec Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA. Le futur Rafale F5 doit notamment recevoir le radar RBE2-XG. Celui-ci disposera d’une puissance et de capacités de calcul supérieures à celles du radar actuellement installé. La DGA souligne aussi que l’intelligence artificielle doit prendre une place croissante dans le traitement des informations provenant des capteurs. La guerre électronique progressera également avec une nouvelle génération du système SPECTRA.
Cette évolution concerne aussi les communications et la propulsion. Thales développe la liaison IVDL, conçue pour permettre des échanges de données à haut débit tout en restant discrète et résistante au brouillage. Safran travaille parallèlement sur le M88 T-REX, évolution majeure du moteur actuel. Sa poussée maximale doit passer de 7,5 à 9 tonnes, soit environ 20% supplémentaires. Il faut toutefois préciser que ce moteur est encore en phase de conception préliminaire : son intégration définitive ne doit donc pas être présentée comme déjà acquise. Le standard F5 doit également préparer le Rafale au combat collaboratif avec des drones accompagnateurs et à l’emport de nouvelles armes, dont le futur missile nucléaire ASN4G. La DGA vise une qualification du standard autour de 2033, avant son entrée progressive en service. Cette modernisation intervient alors que le format de la chasse française reste sous tension. Le général Bellanger estime que l’Armée de l’Air aurait besoin de 230 Rafale, contre un format actuellement prévu inférieur, afin d’assurer simultanément la protection de l’espace aérien, les opérations extérieures et la composante aéroportée de la dissuasion. Il indiquait déjà devant les parlementaires que la flotte était surutilisée d’environ 15%.
Drones et très haute altitude ouvrent de nouveaux champs de bataille
La transformation de l’Armée de l’Air ne se limite pourtant plus aux avions de chasse. La guerre en Ukraine a montré qu’une force aérienne moderne devait pouvoir disposer d’un grand nombre de systèmes moins coûteux, produits rapidement et potentiellement consommables. Cette logique explique l’intérêt croissant porté aux drones de reconnaissance, de bombardement et aux munitions téléopérées. Une nouvelle unité spécialisée doit notamment être constituée à Cazaux. Parmi les programmes actuellement développés figure Chorus, issu d’un partenariat entre Turgis Gaillard et Renault Group. Le constructeur automobile a confirmé en février 2026 que son usine du Mans participerait à l’assemblage de ces appareils. Le projet illustre une évolution importante de l’économie de Défense française : utiliser les méthodes de production de masse de l’automobile afin de fabriquer des équipements militaires plus rapidement et à moindre coût. Renault indique qu’une capacité pouvant atteindre 600 appareils par mois pourrait être créée. Le groupe apporte notamment ses compétences en conception industrielle, maîtrise des coûts, sécurisation des approvisionnements et fabrication en grande série.
L’autre rupture se situe beaucoup plus haut. L’Armée de l’Air investit désormais la très haute altitude, généralement comprise entre une vingtaine et une centaine de kilomètres au-dessus de la Terre. Cet espace situé entre l’aviation traditionnelle et l’espace orbital attire un intérêt militaire croissant. Il peut accueillir des ballons stratosphériques ou des plateformes de surveillance capables de rester longtemps au-dessus d’une région. Les épisodes de ballons observés ces dernières années ont également montré que cette zone pouvait devenir un enjeu de souveraineté et de renseignement. Devant l’Assemblée nationale, le général Jérôme Bellanger avait déjà décrit cette tranche d’altitude comme une zone encore difficile à surveiller et à contrôler. L’Armée de l’Air travaille donc avec le Centre national d’études spatiales afin d’étudier de nouvelles solutions de détection, d’interception et de surveillance. La création en 2026 d’un poste d’officier général chargé de « l’espace aérien et très haute altitude » confirme l’institutionnalisation de cette nouvelle mission.
Rafale F5, drones produits en série et systèmes évoluant dans la stratosphère répondent finalement à une même évolution stratégique. L’Armée de l’Air doit pouvoir combattre dans un environnement où les attaques peuvent arriver simultanément depuis plusieurs altitudes et avec des équipements aux coûts très différents. Employer systématiquement un missile air-air sophistiqué contre un drone relativement bon marché n’est ni économiquement ni militairement soutenable. Les armées cherchent donc à multiplier les solutions disponibles et à adapter le coût de l’interception à celui de la menace. Dans le même temps, les avions habités doivent pouvoir coopérer avec des drones, partager leurs informations et pénétrer dans des espaces fortement défendus. La transformation engagée dépasse ainsi largement la seule modernisation du Rafale. Elle conduit progressivement vers une Armée de l’Air davantage connectée, plus automatisée et capable d’utiliser un éventail beaucoup plus large de plateformes. Le véritable changement des années 2030 pourrait donc moins résider dans une arme particulière que dans la capacité à faire fonctionner ensemble chasseurs, drones, capteurs, systèmes de guerre électronique et plateformes de très haute altitude.








