Dassault Aviation a testé en vol, sur un avion de combat Rafale, deux nouveaux algorithmes souverains d’intelligence artificielle. L’annonce, faite fin septembre 2026, porte sur deux outils distincts : le premier développé en interne par les ingénieurs du constructeur, le second conçu avec Thales/cortAIx.
Selon Dassault, ces fonctions visent à intégrer dans le cockpit une IA maîtrisée et supervisée au service de l’équipage, et ont atteint un niveau de maturité qui les rend éligibles aux prochaines évolutions de l’appareil.
Ce test s’inscrit dans un mouvement plus large. L’armée de l’Air et de l’Espace a lancé en juillet 2026 le projet HypAIRion, qualifié « à vocation expérimentale », pour regrouper toutes les initiatives françaises d’intégration de l’IA sur les aéronefs.
Sur la base de Mont-de-Marsan, deux Mirage 2000 sont en cours de transformation en bancs d’essai. Le colonel Cédric, chef de bureau développement capacitaire de l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, parle à leur sujet de véritables ordinateurs qui volent.
Des drones pour accompagner les avions de chasse
L’objectif affiché par l’armée est de faire voler des drones aux côtés d’avions de chasse à l’horizon 2028, dans le cadre de ce qu’elle appelle le combat collaboratif. Ces appareils sans pilote sont décrits comme des avions de chasse simplifiés, moins coûteux à produire.
Lors d’un point presse début octobre 2026, le colonel Cédric en a détaillé les fonctions :
- ils vont forcer l’ennemi à allumer ses radars et à se dévoiler,
- ils vont pouvoir porter des armements et surtout
- ils permettent de faire prendre des risques uniquement à la plateforme inhabitée et non à la plateforme habitée.
En juillet 2026, Dassault a annoncé avoir simulé une passe de tir sur un radar situé à plusieurs dizaines de kilomètres, grâce à un drone développé par la start-up Harmattan AI.
Cette évolution répond à une difficulté concrète. L’ingénieur général de l’armement Sébastien, directeur du programme Rafale à la Direction générale de l’armement, décrit une charge de travail considérable pour l’équipage : piloter l’aéronef, gérer capteurs et radar, se construire une idée de la situation tactique à partir des informations transmises par équipiers, alliés ou centre de contrôle, en déduire l’option privilégiée, organiser le travail de la patrouille.
« L’intelligence artificielle l’assistera dans toutes ces tâches pour lui procurer plus de réactivité et d’efficacité », affirme-t-il. Le colonel Cédric résume le principe qui sous-tend cette logique : dans le combat aérospatial, l’avantage revient à celui qui détecte, comprend, décide et agit plus vite que son adversaire.
Le pod Talios, première application concrète
Le premier apport tangible de l’IA doit arriver en 2027, dans le pod de désignation laser Talios. Ce cylindre fixé sous l’avion, équipé de fenêtres et de caméras, offre au pilote une meilleure vision et permet de détecter des cibles.
Avec l’IA, le fonctionnement change : l’équipage lance un scan sur une zone d’intérêt, le pod balaie la scène, et l’intelligence artificielle analyse les images pour détecter d’éventuelles cibles et catégoriser les véhicules selon qu’ils constituent une menace ou un objectif prioritaire.
« L’équipage peut se livrer à d’autres tâches » pendant ce temps, précise Sébastien, qui résume l’ambition en une phrase : l’objectif de l’intégration de l’intelligence artificielle dans le Rafale est de simplifier la vie de l’équipage en améliorant son efficacité opérationnelle.
Dassault travaille par ailleurs sur le Rafale F5, décrit comme une rénovation à mi-vie de l’appareil. Éric Trappier, patron de Dassault, a évoqué en août 2026 son arrivée vers 2034. Sur cette nouvelle version, tous les nouveaux matériels sont pensés pour intégrer l’IA dès leur conception. Sébastien ne s’en cache pas : le Rafale s’appuiera encore davantage sur l’intelligence artificielle pour garantir la supériorité aérienne.
Une limite reste toutefois posée sans ambiguïté. L’IA restera un assistant et ne pourra jamais prendre la décision d’enclencher un tir. La France écarte totalement l’idée de remplacer l’humain par une machine dans le cockpit du Rafale : un pilote y restera toujours présent.








