Entre le 26 septembre et le 1er octobre 2026, trois adolescents ont subi de graves blessures causées par des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) lors de blocages de lycées en France. Le Défenseur des droits a ouvert une enquête le 1er octobre, et l’IGPN a lancé plusieurs investigations. Ces événements soulèvent des questions cruciales : les protocoles de maintien de l’ordre sont-ils adaptés aux rassemblements de jeunes ? La gestion de l’ordre public face à des mineurs est-elle efficace sur le terrain ?
L’utilisation du LBD sous examen
Le LBD40, utilisé par les forces de l’ordre en France depuis 2005, tire une balle en caoutchouc de 40 mm à une vitesse initiale de 100 mètres par seconde. Son emploi est encadré par des règles strictes : il doit être utilisé uniquement en cas de légitime défense ou pour neutraliser une menace immédiate. Une distance minimale de tir de 7 mètres est requise pour limiter les blessures. Cependant, Me Elsa Marcel, avocate d’un adolescent blessé à Saint-Ouen-l’Aumône, affirme que le tir a été effectué à une distance de 1 mètre. À cette distance, le projectile, avec une énergie cinétique d’environ 220 joules, a causé de graves lésions, notamment une double fracture de la mâchoire et la destruction de la dentition supérieure de l’adolescent. Ces circonstances posent une question critique : comment un tel tir a-t-il pu respecter les protocoles ?
Les incidents survenus entre septembre et octobre 2026 comprennent un jeune hospitalisé à Tours après avoir été touché à la tête le 26 septembre, l’adolescent de Saint-Ouen-l’Aumône blessé le 28 septembre, et un jeune de 16 ans ayant perdu l’usage d’un œil à Argenteuil le 1er octobre. Ces blessures, survenues en moins d’une semaine, sont toutes liées à l’usage du LBD. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé le 26 septembre que l’IGPN enquêtait sur ces incidents pour violences par usage illégal d’une arme par des agents publics.
Mobilisations devant les lycées : gestion et tensions
Au 1er octobre 2026, 900 actions ont été enregistrées devant des lycées en France, reflétant une mobilisation importante pour des revendications telles que l’augmentation des moyens pour l’éducation, le remplacement systématique des enseignants absents et la suppression de Parcoursup. Les forces de l’ordre ont procédé à 1950 interpellations, illustrant une stratégie de fermeté. Les tensions ont été particulièrement vives dans des villes comme Nantes, Toulouse, Marseille, Rouen et Belfort, où des affrontements ont éclaté entre lycéens et forces de l’ordre. L’ampleur du déploiement policier soulève des questions sur la proportionnalité des interventions face à des groupes majoritairement composés de mineurs. Les revendications incluent également des classes surchargées et des heures de cours perdues en raison du non-remplacement des enseignants.
Enquêtes et responsabilité des forces de l’ordre
L’IGPN a ouvert trois enquêtes pour déterminer si les interventions policières respectaient les protocoles et si les policiers avaient correctement évalué les menaces. Guirec Le Bras, procureur de Pontoise, a indiqué que ces enquêtes visent à établir si des alternatives moins traumatiques auraient pu être envisagées. Le Défenseur des droits mène également sa propre enquête, axée sur la protection des mineurs et le respect des droits fondamentaux. Ces investigations visent à évaluer la formation des policiers, l’adéquation des équipements et l’application des doctrines dans le cadre des mobilisations scolaires. La transparence et la rigueur de ces enquêtes sont essentielles pour maintenir la crédibilité de l’ordre public républicain.
Ce qu’il faut retenir : Les blessures graves infligées à trois mineurs en cinq jours mettent en lumière un décalage entre la théorie des protocoles de maintien de l’ordre et leur application sur le terrain. Le LBD, bien que destiné à être une arme de force intermédiaire, pose un problème de proportionnalité lorsque les distances de tir et les contextes d’emploi ne sont pas conformes aux règles. Les enquêtes de l’IGPN et du Défenseur des droits évalueront si les pratiques actuelles sont en adéquation avec les exigences légales et éthiques du maintien de l’ordre face à des mineurs. Le contexte politique et les tensions accrues rendent encore plus complexe la gestion de ces rassemblements, où chaque intervention risque de dégénérer.








