Les publications spécialisées qui suivent le programme des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), citant les informations de Naval Group et de la Direction générale de l’armement, situent désormais le remplacement de la classe Le Triomphant à partir de la fin 2037. Entre cette date et celle fixée par l’Élysée, l’écart va de 12 à 24 mois selon 2036 visé par le chef de l’État.
Le 2 mars 2026, lors d’une visite à la base opérationnelle de l’Île Longue, Emmanuel Macron avait annoncé que le premier bâtiment de cette nouvelle génération porterait le nom de L’Invincible et qu’il « naviguera en 2036 ». Le président avait qualifié la dissuasion nucléaire de « socle » de la sécurité nationale, dans un discours reliant la modernisation de la flotte à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et à la multiplication des menaces nucléaires russes. Il avait parlé de période de rupture.
Un chantier réparti sur sept sites
Lancé en février 2021, le programme n’a pour l’instant livré aucune date de mise à l’eau du bâtiment. D’après L’Essentiel de L’Éco, trois étapes distinctes jalonnent la vie d’un SNLE : la mise à la mer, quand la coque sort du hall de construction, l’admission au service actif, après essais en mer et qualification du réacteur, puis la relève de classe, une fois la première patrouille opérationnelle effectuée avec équipage et armes.
La première tôle a été découpée à Cherbourg le 20 mars 2024, trois ans après le début de travaux d’agrandissement des halls, nécessaires pour recevoir des tronçons plus volumineux que ceux des Triomphant. Sept sites se partagent la fabrication :
- Cherbourg pour la coque et l’assemblage général,
- Nantes-Indret pour le réacteur,
- Lorient pour les pièces composites,
- Brest pour certains modules et une partie des essais,
- Angoulême-Ruelle pour les équipements de structure,
- Ollioules pour les systèmes de combat et
- Bagneux pour la coordination du programme.
Le sous-marin s’assemble comme une pile de tronçons cylindriques soudés bout à bout, dans un ordre fixé des années à l’avance. Une place de montage à Cherbourg n’accueille qu’un tronçon à la fois : un module livré en retard bloque la place et décale les suivants.
Naval Group présente ce programme comme l’un des plus souverains de la défense française, aucune pièce critique n’étant achetée hors du territoire national.
Deux contrats pour 60 ans de service
Un premier contrat, signé en février 2021, couvrait la conception générale et les premiers travaux sur la coque et le réacteur. Naval Group a annoncé le second le 13 novembre 2025, quatre ans et neuf mois plus tard : montée en puissance des chaînes de production, plans détaillés et construction du premier exemplaire de série. À cette date, les plans du premier bâtiment n’étaient pas encore achevés.
Le programme porte sur quatre unités destinées à couvrir les besoins de la Marine nationale des années 2030 aux années 2090, soit 60 ans de service. Pierre Eric Pommellet, président du groupement des industries navales et PDG de Naval Group, a décrit ce calendrier lors de la présentation de ses vœux à la filière navale : « une mise en service des premiers à la fin de la décennie prochaine, une production jusqu’en 2050, et un service jusqu’en 2090 ». Il a qualifié le programme ambitieux.
Les ingénieurs de Cherbourg intègrent des réserves pour l’avenir : compartiments pour des équipements non encore conçus, réserve de puissance électrique, passages de câbles surdimensionnés, renforts de coque pour des poids inconnus. Chaque réserve passe devant l’autorité chargée de contrôler la sûreté des installations nucléaires militaires, pour des dossiers de plusieurs milliers de pages.
Le réacteur doit être garanti pour une durée d’exploitation que les Triomphant, entrés en service entre 1997 et 2010, n’ont pas encore atteinte. Le Suffren, premier des sous-marins d’attaque Barracuda sorti des mêmes halls, est entré en service en 2022, plusieurs années après la date visée au lancement de son programme, alors qu’un SNLE embarque davantage de systèmes à faire valider : propulsion nucléaire, système capable de recevoir un ordre présidentiel en immersion, transmissions protégées contre les effets électriques d’une explosion nucléaire, discrétion acoustique qui doit le confondre avec le bruit de fond de l’océan.
Quatre bâtiments jusqu’en 2037 au moins
La France arme quatre SNLE selon un cycle sans jeu : l’un patrouille en permanence, immergé et prêt à recevoir un ordre de tir, le deuxième prépare la patrouille suivante, le troisième rentre de mission et le quatrième reste à quai plusieurs mois pour un entretien lourd.
Aucune cinquième coque ne figure dans la loi qui fixe le budget des armées sur plusieurs années. Le Triomphant, premier de la classe, navigue depuis 1997, soit 29 ans.
Le glissement vers fin 2037 prolonge d’une année supplémentaire l’exploitation des quatre bâtiments existants, dont les périodes d’entretien s’allongent avec l’âge des installations. Le point de tension identifié par les analystes porte sur le raccord entre les deux générations, plus que sur la date de mise à l’eau de L’Invincible.
Un an de retard se rattrape en avançant la remise à niveau d’un bâtiment ancien ; une patrouille manquée, elle, ne se rattrape pas. Cela n’est jamais survenu depuis la première sortie du Redoutable, en janvier 1972.








