Selon un article du journal Le Monde, la Turquie semble prête à restituer à la Russie quatre batteries de défense aérienne de longue portée S-400. Ce geste s’inscrit dans une tentative d’Ankara pour réintégrer le programme d’avions de chasse américains F-35 et traduit apparemment une volonté de se rapprocher des États-Unis. Le plan soulève des questions stratégiques importantes, notamment pour l’Ukraine, qui combat toujours intensément la Russie sur le territoire européen.
Politique et questions militaires
Selon une révélation de l’agence Bloomberg le 17 décembre, les discussions sur cette possible restitution ont démarré lors d’une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine à Achgabat, au Turkménistan, le 12 décembre. Le retour des S-400 à la Russie, qui font partie des systèmes de défense aérienne les plus avancés de l’armée russe, pourrait entraîner des répercussions stratégiques notables sur l’armement de Moscou, notamment en raison de la pénurie de stocks. Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a néanmoins rapporté un démenti officiel du Kremlin le 18 décembre.
Les S-400, capables d’abattre des avions de chasse et des missiles balistiques, sont des matériels très sophistiqués, mais aussi coûteux et complexes à produire. Leur restitution renforcerait potentiellement la défense russe en protégeant des infrastructures stratégiques telles que des bases navales, des aérodromes et des ports en mer Noire. Les ports de Novorossiïsk et Touapsé sont d’ailleurs cités comme lieux possibles de déploiement, tout comme la Crimée, une région où ces systèmes ont souvent été visés par l’Ukraine.
Ankara, Washington et ce que ça change pour l’Ukraine
L’initiative turque de rendre les S-400 à la Russie porte une forte dimension politique : elle veut manifestement retrouver une place dans le programme F-35. Ce programme, auquel Ankara avait été écartée après l’achat des S-400, pourrait donc voir la Turquie réparer ses relations avec les États-Unis.
Ce glissement stratégique pourrait être défavorable pour l’Ukraine. Celle-ci a réussi à détruire certains systèmes S-400 sur le champ de bataille, ouvrant ainsi des brèches dans la défense aérienne russe ; si la Russie renforce ses défenses avec les unités restituées, l’Ukraine pourrait se retrouver confrontée à un défi plus important. Nikolaï Mitrokhine, expert indépendant en défense, estime que les quatre batteries proposées pourraient représenter environ un cinquième des S-400 encore en opération en Russie. Il suggère que ces systèmes pourraient être déployés pour protéger des infrastructures critiques de la Fédération de Russie.
Géopolitique et diplomatie
Les conséquences d’une telle restitution dépassent le strict militaire. En se rapprochant potentiellement des États-Unis, Recep Tayyip Erdogan cherche peut-être à réaffirmer la position stratégique de la Turquie dans l’équilibre mondial. Une telle décision pourrait redéfinir des alliances et la dynamique stratégique dans la région.








