Les relations entre la Turquie et les États-Unis ont toujours été ponctuées par des enjeux stratégiques complexes, surtout quand il s’agit du programme F-35. Membre de l’OTAN avec la deuxième armée la plus importante de l’alliance, la Turquie s’est vue remise en question dans ce projet après avoir acheté les systèmes de défense aérienne russes S-400.
Retour sur les tensions liées au F-35
À l’origine, la Turquie était un partenaire industriel de niveau 3 dans le programme F-35 et avait passé commande de 100 exemplaires. Mais, sous l’administration Trump, Washington avait clairement dit à Ankara qu’elle serait exclue du programme si elle activait les S-400 russes. En décembre 2019, selon la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), la Turquie a officiellement été évincée du programme F-35A. La raison invoquée ? Le risque que les S-400 mettent en péril la sécurité des F-35.
Malgré tout, la Turquie ne s’est pas laissée abattre. Avec l’arrivée de Joe Biden, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a exprimé son souhait de discuter avec la nouvelle administration américaine pour revenir dans le jeu. Pour augmenter ses chances, Ankara a fait appel au cabinet de lobbying Arnold & Porter Kaye Scholer.
Quelles alternatives et ambitions ?
Face à ces complications, la Turquie se penche sur d’autres solutions pour moderniser sa flotte aérienne. Elle envisage l’achat de 40 F-16 Viper ainsi que de kits pour moderniser 79 F-16 existants. Parallèlement, le pays accélère le développement de son propre avion de combat de cinquième génération, surnommé Kaan, qui vient jouer un rôle complémentaire (plutôt que de rivaliser directement) avec le F-35. Le projet ÖZGÜR prévoit aussi une modernisation locale des anciens modèles F-16, malgré les défis techniques rencontrés.
De plus, après l’intégration de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, Ankara a obtenu le feu vert pour acheter ces F-16 Viper pour un montant estimé à 23 milliards de dollars.
Où en est-on et que peut-on attendre ?
Récemment, le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a réaffirmé l’intérêt de la Turquie pour le F-35, en précisant que six appareils y étaient toujours entreposés aux États-Unis. Il a d’ailleurs critiqué la présence militaire américaine à Alexandroupoli en Grèce, estimant que cela perturbait l’équilibre stratégique dans la région.
Quant aux S-400 russes, ils sont prêts à être déployés en 12 heures si besoin, mais Ankara ne les a pas encore mis en service. On a également parlé de vendre ou de transférer ces systèmes à d’autres pays comme l’Inde ou le Pakistan, mais une telle opération passerait par l’accord de Moscou.
Enjeux géopolitiques et pistes pour l’avenir
Les rapports entre Washington et Ankara se trouvent aussi influencés par d’autres questions géopolitiques, notamment les tensions entre la Turquie et Israël dans le cadre du conflit israélo-palestinien.








