La Turquie fait un pas de géant dans le renforcement de sa puissance maritime en lançant la construction de son tout premier porte-avions national, le MUGEM (Milli Uçak Gemisi). Cet événement marquant a eu lieu durant le Teknofest Blue Homeland, avec la présence du président Recep Tayyip Erdogan. Ce projet ambitieux montre bien la volonté d’Ankara de gagner en autonomie stratégique et de se faire une place de choix dans le milieu naval mondial.
Caractéristiques techniques impressionnantes
Le MUGEM impressionne dès le départ avec ses dimensions et performances. Il mesure 285 mètres de long et 72 mètres de large pour un déplacement qui dépasse les 60 000 tonnes. Sa vitesse peut grimper à plus de 46 km/h (25 nœuds) et il offre une autonomie suffisante pour un aller-retour jusqu’à New York (environ 18 520 km). L’équipage sera composé de 800 marins, et le navire pourra embarquer environ 50 appareils—20 sur le pont et 30 dans le hangar.
Ce géant des mers sera équipé du système de gestion du combat ADVENT et de quatre turbines à gaz LM2500 de 23 MW chacune, illustrant l’importance de la technologie maritime. Par ailleurs, une étrave revisitée devrait améliorer l’hydrodynamique, réduisant la consommation de carburant d’environ 1,5 %.
Capacités aériennes et équipements évolués
Le MUGEM est pensé pour faire voyager différents types d’appareils, allant d’avions de chasse légers à des drones furtifs. On y retrouvera entre autres le Kızılelma, un chasseur sans pilote à réaction, l’ANKA-III, un drone de frappe furtif, le Hurjet, un chasseur léger biplace en version navale, ainsi que des drones TB-3 et TB-2 pour des missions tactiques armées et de surveillance. Le pont incliné permettra d’effectuer des décollages sans catapulte dès le départ, avec la possibilité d’y installer par la suite une catapulte électromagnétique conçue localement.
Un calendrier ambitieux pour un projet stratégique
La mise à l’eau du MUGEM est programmée entre 2027 et 2028, avec une entrée en service prévue pour 2030. Ce nouvel escorté prendra la relève du porte-aéronefs TCG Anadolu, qui a intégré la flotte turque en 2022. Plus de 80 % des composants seront fabriqués en Turquie, renforçant ainsi l’autonomie du pays dans ce domaine.
Le président Erdogan a affirmé : « Nous allons construire ce porte-avions plus grand que le TCG Anadolu. Notre objectif est l’indépendance maritime et la supériorité régionale ». La doctrine de la « Patria bleue » (Mavi Vatan) soutient ce projet audacieux qui vise à redessiner les équilibres en Méditerranée orientale et au-delà.
Comparaison internationale et retentissements géopolitiques
Sur le plan international, le MUGEM devrait dépasser d’autres navires phares comme le Charles de Gaulle français (261 mètres) ou le Trieste italien (245 mètres). Avec ses dimensions remarquables, il s’inscrit parmi les plus grands navires méditerranéens, aux côtés du futur PANG français (310 mètres).
Côté armement, le MUGEM sera doté d’un système VLS vertical à 32 cellules MIDLAS, de quatre tourelles CIWS Gökdeniz et de six mitrailleuses téléopérées STOP de 25 mm. De plus, l’intérêt porté aux drones navalisés turcs ne cesse de croître auprès de pays tels que le Qatar, le Pakistan et l’Indonésie.
Le lancement du MUGEM marque une étape importante pour la Turquie dans sa volonté de gagner en autonomie sur le plan militaire et d’affirmer son influence dans la région. Ce projet pourrait bien redéfinir les dynamiques stratégiques en Méditerranée et au-delà, consolidant les capacités militaires de la Turquie.








