Ukraine : négociations avec Paris pour produire localement le missile SCALP EG

L’Ukraine négocie avec la France l’obtention d’une licence de production du missile de croisière SCALP EG, capable de frapper à plus de 250 kilomètres. Face aux stocks français limités et à la reprise insuffisante de la production nationale, Kiev cherche à sécuriser son autonomie stratégique en fabriquant localement cette munition de haute précision.

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Ukraine : négociations avec Paris pour produire localement le missile SCALP EG © Armees.com

Depuis juillet 2023, le missile de croisière SCALP EG constitue l’un des atouts majeurs de la défense aérienne de l’Ukraine. Avec une portée supérieure à 250 kilomètres et une précision redoutable contre des cibles fortifiées, cette munition franco-britannique a démontré son efficacité dans le combat de haute intensité. Mais les stocks français limités et la demande croissante de Kiev imposent une nouvelle stratégie : la production sous licence sur le sol ukrainien. Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a confirmé le 29 juin 2026 que des négociations étaient en cours avec la France pour obtenir cette licence stratégique.

Le SCALP EG : caractéristiques et performance au combat

Portée, précision et efficacité démontrées en Ukraine depuis 2023

Développé dans les années 1990 par Matra et British Aerospace, le SCALP EG (connu sous le nom de Storm Shadow au Royaume-Uni) appartient à la catégorie des missiles de croisière air-sol à longue portée. Sa capacité à frapper des objectifs à plus de 250 kilomètres permet aux vecteurs ukrainiens de rester hors de portée de la défense antiaérienne russe. Le missile se distingue par sa précision exceptionnelle contre des infrastructures durcies : bunkers, structures enterrées, bases militaires et dépôts de munitions. Selon Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, le SCALP « a démontré son efficacité pour le combat moderne de haute intensité, dans des situations décisives ». Cette performance opérationnelle explique pourquoi l’Ukraine cherche à sécuriser sa production locale.

Capacités de vecteurs : adaptation des Su-24M ukrainiens

L’intégration du SCALP EG dans l’arsenal ukrainien a nécessité des adaptations techniques significatives. Les avions Su-24M et Su-24MR de conception soviétique ont été modifiés pour emporter ce missile occidental, une prouesse d’ingénierie réalisée avec le soutien français et britannique. Cette compatibilité permet aux forces aériennes ukrainiennes de lancer leurs frappes depuis un espace aérien sécurisé, minimisant les pertes de vecteurs. L’Ukraine s’est par ailleurs engagée à acquérir des Rafale français, naturellement compatibles avec le SCALP, ce qui inscrit la négociation de licence dans une stratégie capacitaire cohérente à moyen terme.

Pourquoi la France ne peut plus suffire : la question des stocks et de la production

Des stocks limités à l’Armée de l’Air et de l’Espace et à l’Aéronautique navale

Les dotations françaises en SCALP EG restent contraintes. L’Armée de l’Air et de l’Espace ainsi que l’Aéronautique navale disposent de stocks limités, déjà sollicités par les livraisons à l’Ukraine. En janvier 2024, Emmanuel Macron avait annoncé l’envoi de quarante exemplaires supplémentaires, prélevés directement sur les réserves françaises. Cette ponction illustre la tension entre les besoins opérationnels nationaux et le soutien à Kiev. La dernière commande du ministère des Armées auprès de MBDA remontait à quinze ans avant 2026, soulignant l’arrêt prolongé de la chaîne de production. Face à cette situation, la France ne peut maintenir indéfiniment un flux de livraisons sans compromettre sa propre capacité de projection.

La reprise de production française en 2026 : insuffisante pour Kiev et Paris

En juillet 2025, Sébastien Lecornu avait annoncé la reprise de la production de SCALP pour équiper les forces françaises en 2026. Cette relance industrielle, après quinze ans d’interruption, vise à reconstituer les stocks nationaux et à répondre aux engagements internationaux. Toutefois, les cadences de production restent insuffisantes pour satisfaire simultanément les besoins français et ukrainiens. La licence de production négociée avec Kiev permettrait de contourner ce goulot d’étranglement en délocalisant une partie de la fabrication. Mykhailo Fedorov a précisé que « des discussions se poursuivent actuellement entre le gouvernement et l’entreprise à ce sujet, et tous les détails sont en cours de clarification ». Cette approche pragmatique reconnaît les limites industrielles françaises tout en offrant à l’Ukraine une autonomie stratégique.

Les enjeux techniques et industriels de la licence de production

Propriété intellectuelle et ouverture de la chaîne de production

Les négociations butent sur des obstacles juridiques et techniques majeurs. « Des progrès ont effectivement été réalisés, mais il est encore trop tôt pour se prononcer car il s’agit d’un processus complexe en ce qui concerne la propriété intellectuelle en général, l’ouverture de la production et toutes les subtilités administratives », a déclaré Mykhailo Fedorov. Le transfert de technologie implique le partage de secrets industriels sensibles, notamment les systèmes de guidage et les capacités de pénétration. La France doit également s’assurer que la production ukrainienne respecte les normes de contrôle des exportations et ne conduise pas à une prolifération non maîtrisée. Ces discussions tripartites entre Paris, Kiev et MBDA visent à définir un cadre contractuel protégeant les intérêts de chacun.

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