Alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions de chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard livre une analyse sans détour du conflit en Ukraine. Il appelle à une prise de conscience européenne face à une Russie offensive et à des menaces hybrides en pleine expansion.
L’Europe doit sortir de l’ambiguïté stratégique
Dans une interview accordée à Libération, le futur ex-CEMA Thierry Burkhard explique le conflit ukrainien révèle les limites de l’approche défensive actuelle des pays européens. Face à une Russie qui tente de remodeler l’ordre mondial, la simple fourniture d’armes ou d’équipements ne suffit plus. Le général estime que la sécurité du continent pourrait exiger des mesures beaucoup plus concrètes : présence militaire sur le terrain, avions dans le ciel ukrainien, voire soutien actif aux infrastructures locales.
Selon lui, il est illusoire de penser que l’Europe pourra rester à distance indéfiniment. La guerre en Ukraine ne se résume pas à une lutte territoriale. Elle symbolise une confrontation idéologique plus large, dans laquelle la Russie cherche à affaiblir les démocraties occidentales sans toujours recourir aux armes. C’est une stratégie d’usure, à la fois physique et morale, qui pourrait faire de l’Europe une cible vulnérable si elle ne réagit pas à temps.
Thierry Burkhard plaide pour une Défense collective renforcée
La veille de son départ, l’ancien chef des armées françaises met également l’accent sur les désaccords internes à l’Union européenne. Il pointe du doigt le manque d’alignement stratégique entre États membres, avec certains pays peu enclins à voir Moscou comme un danger imminent. Cette division affaiblit la capacité de réaction de l’ensemble du bloc, à un moment où la cohérence politique et militaire est plus que jamais nécessaire.
Thierry Burkhard insiste sur un point : aucun pays européen ne peut espérer peser seul sur la scène internationale. Dans un monde fragmenté, dominé par des puissances affirmées et des conflits diffus, l’unité devient une condition de survie. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu militaire, mais d’un impératif politique majeur. Adapter les armées, diversifier les arsenaux, suivre l’évolution technologique – tout cela n’aura de sens que si les Européens agissent de concert.








