Ukraine : 600.000 armes ont disparu de la circulation

Plus d’un demi-million d’armes distribuées pendant la guerre en Ukraine échappent désormais aux registres officiels. Une étude suisse alerte sur les risques de trafic et de circulation clandestine en Europe.

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Plus d’un demi-million d’armes distribuées pendant la guerre en Ukraine échappent désormais aux registres officiels. Une étude suisse alerte sur les risques de trafic et de circulation clandestine en Europe. Pixabay
Plus d’un demi-million d’armes distribuées pendant la guerre en Ukraine échappent désormais aux registres officiels. Une étude suisse alerte sur les risques de trafic et de circulation clandestine en Europe. Pixabay | Armees.com

Alors que l’Ukraine continue de recevoir un flux constant de matériel militaire depuis 2022, une part inquiétante de ces armes portatives échappe à tout contrôle. Une étude suisse, relayée par plusieurs médias européens, révèle l’ampleur d’un phénomène susceptible d’alimenter durablement les réseaux criminels dans et hors du pays. La Défense européenne observe la situation avec une attention croissante.

Un arsenal de guerre difficile à tracer

Depuis le début du conflit, l’Ukraine reçoit en urgence des armes individuelles destinées à renforcer sa capacité de résistance. Fusils d’assaut, lance-roquettes, pistolets automatiques, missiles antichars : ces équipements, fournis par les alliés occidentaux, circulent désormais en quantités rarement observées dans un pays en guerre.
Selon une étude publiée par une ONG suisse spécialisée dans le suivi des armements, plus de 600.000 armes portatives ne figurent plus dans les registres officiels ukrainiens. L’enquête évoque également environ 15.000 systèmes lance-missiles et missiles antichars fournis par les États-Unis dont le suivi n’est plus assuré.

Ces chiffres ne signifient pas nécessairement que tout ce matériel se retrouve entre des mains mal intentionnées. Une part peut avoir été détruite au combat, abandonnée lors de retraits rapides ou perdue dans le chaos logistique lié à l’intensité des opérations. Mais l’ampleur de cette « zone grise » constitue un sujet d’inquiétude majeur pour les experts européens.

Dans un pays frappé par des offensives massives, la traçabilité des armes reste un défi. Les mécanismes habituels d’inventaire militaire sont mis à rude épreuve : unités dispersées, redéploiements constants, pertes matérielles fréquentes. Plusieurs rapports internationaux soulignent que l’Ukraine, malgré les efforts engagés depuis 2014, demeure un territoire historiquement sensible pour le trafic d’armes. Les infrastructures de contrôle ne sont pas toujours adaptées à la gestion d’un afflux aussi important d’équipements occidentaux.

Les autorités ukrainiennes ont elles-mêmes admis que la situation restait difficile à maîtriser. Le ministère de l’Intérieur reconnaît un écart significatif entre les livraisons reçues et le matériel effectivement enregistré sur le terrain. Pour les experts, cette transparence représente un premier pas, mais les risques demeurent.

Un marché noir nourri par la guerre ?

Si la majorité des armes livrées sont utilisées par les forces ukrainiennes, certaines dérivent vers des réseaux parallèles. L’étude suisse souligne que des détournements de fonds et d’équipements peuvent survenir dans un contexte où la corruption préexistait au conflit. Des affaires récentes montrent que des militaires ou des civils ont tenté de revendre des fusils automatiques ou des grenades. La police ukrainienne a également découvert un arsenal conséquent dans la capitale, composé notamment d’armes automatiques et d’explosifs. Pour les spécialistes du trafic international, ces signaux faibles rappellent des schémas déjà observés dans les années 1990 après la guerre des Balkans, lorsque des stocks entiers d’armes légères avaient alimenté la criminalité organisée en Europe pendant plusieurs décennies.

Les services de renseignement européens suivent cette évolution avec attention. La France, en particulier, redoute que certaines de ces armes réapparaissent sur son territoire. La circulation d’armes de guerre sur le marché clandestin constitue un risque majeur pour la sécurité intérieure.
Les autorités craignent que des groupes criminels, voire des réseaux terroristes, exploitent ces nouvelles opportunités d’approvisionnement. Des trafiquants pourraient profiter du chaos pour faire passer des dispositifs militaires sophistiqués dans l’Union européenne, via des routes déjà éprouvées.

Face à ces risques, plusieurs pays alliés réclament un renforcement de la coopération avec Kiev. Programmes de marquage, audits internationaux, contrôles sur les points d’entrée et de sortie du matériel : autant de dispositifs destinés à réduire les fuites et à améliorer la transparence, même en contexte de guerre.

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