Le « bouton rouge » européen face à la Chine : enfin du sérieux ?

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Le "bouton rouge" européen face à la Chine : enfin du sérieux ?
Le "bouton rouge" européen face à la Chine : enfin du sérieux ? | Armees.com

Paris et Berlin dégainent un mécanisme d’urgence pour protéger le marché européen des exportations chinoises. Pendant que Maros Sefcovic joue les diplomates à Pékin, les Européens préparent discrètement l’après. Derrière l’économie, c’est bien la sécurité stratégique de l’Europe qui se joue.

400 milliards €

Estimation du déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine en 2025, un record qui traduit une dépendance structurelle inquiétante pour la souveraineté industrielle et militaire européenne.

Pékin, le commissaire et la diplomatie de façade

Maros Sefcovic s’envole pour Pékin les 8 et 9 octobre. Mission officielle : dialoguer, convaincre, rééquilibrer. Mission réelle : acheter du temps pendant que Paris et Berlin préparent des instruments de riposte commerciale que les médias ont prudemment surnommés « bouton rouge ». Force est de constater que l’Europe a mis une décennie à comprendre ce que Washington savait depuis longtemps : la Chine ne négocie que face à un rapport de force crédible.

Ce « bouton rouge » — techniquement un mécanisme européen de sauvegarde commerciale renforcé — permettrait à l’UE de bloquer ou taxer massivement des importations chinoises jugées déloyales, sans passer par les procédures longues de l’OMC. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Dans la réalité, c’est surtout le signe que des années de naïveté stratégique arrivent enfin à leur terme.

Ce qui m’intéresse ici, ce ne sont pas les batailles de tarifs douaniers sur les voitures électriques. Ce qui m’intéresse, c’est ce que cette dépendance économique signifie pour nos capacités militaires. Car quand on importe massivement des composants électroniques, des terres rares et des équipements industriels de Chine, on ne parle pas seulement de commerce. On parle de souveraineté opérationnelle de nos armées.

L’industrie de défense européenne face au talon d’Achille chinois

Les terres rares, c’est le nerf de la guerre moderne. Systèmes de guidage, radars, moteurs de missiles, équipements de communication cryptée : sans néodyme, sans dysprosium, sans praséodyme, nos industries de défense sont paralysées. Or la Chine contrôle environ 60% de la production mondiale de terres rares et plus de 85% de leur raffinage. C’est un levier de pression géopolitique d’une redoutable efficacité.

Je pense que beaucoup de décideurs français — politiques comme industriels — sous-estiment encore la profondeur de ce problème. On parle des exportations chinoises de voitures électriques qui menacent Stellantis. Mais on parle trop peu des exportations chinoises de matériaux critiques qui pourraient, en cas de crise ouverte, menacer la capacité de MBDA à produire des missiles, de Thales à livrer des systèmes d’armes, ou de Naval Group à équiper ses frégates.

Le contre-budget présenté par Marine Le Pen ce mardi prévoit des réformes économiques ambitieuses, dont certaines touchent à la réindustrialisation. Mais aucun plan économique français, de quelque bord qu’il soit, ne peut faire l’impasse sur cette question : comment financer une véritable politique d’approvisionnement souverain en matériaux critiques ? Le projet de loi de programmation militaire actuel consacre des efforts réels à la montée en puissance de notre outil de défense — 413 milliards d’euros sur 2024-2030 — mais la dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises reste un angle mort préoccupant.

Le réveil tardif a un coût : payons-le maintenant

La bonne nouvelle, c’est que l’Europe commence à agir. Le « bouton rouge » franco-allemand, les droits de douane sur les véhicules électriques chinois, les discussions sur un instrument européen anti-coercition : les pièces du puzzle se mettent en place. Lentement. Trop lentement, probablement.

Ce réveil a un coût industriel et budgétaire considérable. Relocaliser le raffinage de terres rares, sécuriser des filières d’approvisionnement alternatives avec des partenaires fiables — Canada, Australie, États-Unis — cela prend du temps et de l’argent. Mais continuer à ignorer le problème coûterait infiniment plus cher en termes de sécurité nationale.

L’heure de vérité que Le Monde décrit à Pékin, ce n’est pas celle de Sefcovic face à ses homologues chinois. C’est celle de l’Europe face à elle-même : sommes-nous prêts à payer le prix de notre autonomie stratégique, ou préférons-nous encore quelques années de confort et de dépendance ? Les armées européennes, elles, n’ont pas le luxe de tergiverser.

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