Le parcours de Manuel B., ex-soldat fiché pour radicalisation, interpelle les autorités. Il a été arrêté fin avril alors qu’il tentait de rejoindre une faction djihadiste en Syrie. Une affaire révélatrice du phénomène de radicalisation et de terrorisme chez certains anciens militaires français.
Un itinéraire sous haute surveillance
Manuel B. n’en était pas à sa première tentative. Suivi depuis une dizaine d’années par les services de renseignement, cet ancien militaire né en 1984 avait déjà fait parler de lui. Après avoir quitté l’armée en 2014, il avait tenté une « hijra » au Maroc en 2016, explique Le Figaro. À son arrivée, il avait été interpellé avec des objets suspects dans ses bagages, dont des couteaux, une matraque et une bonbonne de gaz. Une perquisition à son domicile révélera aussi un arsenal et des manuels liés à la fabrication d’explosifs.
Condamné à une peine de prison ferme par la justice marocaine, puis expulsé vers la France, il poursuit son engagement dans la mouvance islamiste radicale. À Angers, où il réside, il est identifié comme un leader d’un petit cercle d’individus partageant les mêmes convictions et se livrant à des entraînements physiques évoquant des préparations paramilitaires.
Une tentative de rejoindre la Syrie déjouée
Fin avril 2025, Manuel B. entame un nouveau périple. Il quitte la France, transite par l’Italie, puis l’Arabie saoudite, avant d’atteindre la Jordanie. C’est à Amman, le 21 avril, qu’il est arrêté par les autorités locales. Expulsé vers le Liban, il est intercepté par les forces françaises dès sa descente d’avion. Le 29 avril, il est mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et écroué.
Selon les enquêteurs, son objectif était de rejoindre le groupe djihadiste mené par Omar Diaby, alias Omar Omsen, un islamiste français installé en Syrie depuis plus de dix ans. Cette cellule, retranchée à la frontière avec la Turquie, demeure active malgré le recul de l’État islamique. L’homme affirme vouloir retrouver ses enfants, issus d’un premier mariage avec une femme partie elle-même en Syrie.
Terrorisme : des départs encore sporadiques mais préoccupants
Bien que les autorités affirment ne pas constater de départs massifs vers la Syrie depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, plusieurs cas récents montrent que la menace reste vivace. Depuis décembre 2024, au moins trois individus ont réussi à quitter la France pour rejoindre une organisation terroriste. Trois autres, dont Manuel B., ont été arrêtés avant leur départ.
La trajectoire de cet ancien soldat illustre un phénomène préoccupant : la radicalisation au sein même des forces armées. Une trentaine de cas similaires ont été recensés ces dernières années, selon un rapport parlementaire. Cette dérive montre l’importance de la vigilance à tous les niveaux de la chaîne sécuritaire, y compris parmi ceux qui ont reçu une formation militaire.








