Un projet de base navale russe au Soudan, longtemps considéré comme improbable, ressurgit dans un contexte stratégique bouleversé. Entre ambitions maritimes, recomposition des alliances et guerre civile persistante, la mer Rouge devient un espace où Moscou pourrait tenter de retrouver un point d’appui durable.
Une opportunité stratégique dans un contexte de fragilité politique
L’idée d’une présence navale russe au Soudan n’est pas nouvelle. Elle circule depuis plusieurs années, portée par les besoins croissants de Moscou en points d’appui extérieurs. L’effondrement progressif de son dispositif en Méditerranée a renforcé cette recherche. Dans ce cadre, le Soudan apparaît comme une option possible. Le pays offre un accès direct à la mer Rouge, un couloir maritime essentiel reliant l’océan Indien à la Méditerranée.
Pour la Russie, dont la flotte souffre d’un manque de bases à l’étranger, tout emplacement capable d’accueillir plusieurs navires, y compris des bâtiments lourds, représente une opportunité rare. Une présence permanente permettrait d’assurer des relâches techniques, de faciliter les transits et de maintenir une visibilité navale dans une zone où les tensions régionales s’intensifient.
Un Soudan en guerre mais désireux d’attirer des partenaires
Malgré la guerre civile qui ravage le Soudan depuis 2023, les autorités militaires soudanaises cherchent à attirer des appuis extérieurs en misant sur leur position géographique. La rivalité entre les forces du général Abdel Fattah al-Burhan et les milices de Mohamed Hamdan Dogolo fragilise l’État, mais ne réduit pas l’intérêt stratégique du territoire.
Dans un contexte d’isolement diplomatique, offrir à Moscou un accès portuaire pour plusieurs décennies pourrait constituer une monnaie d’échange politique. En retour, Khartoum espère obtenir des livraisons d’armement ou un soutien diplomatique. Toutefois, la Russie, déjà engagée en Ukraine et contrainte par les limites de son industrie militaire, pourrait hésiter à s’engager dans un pays où la stabilité reste précaire.
La mer Rouge, un corridor essentiel pour les forces russes
La mer Rouge occupe une place centrale dans les ambitions russes. Située entre Afrique et Moyen-Orient, elle constitue un axe précieux pour l’aviation, la logistique et les opérations maritimes. Une base au Soudan permettrait à Moscou de disposer d’un relais opérationnel entre ses flottes du Nord et du Pacifique. Les distances considérables séparant ces deux pôles rendent tout point de ravitaillement stratégique.
Même modeste, une implantation soudanaise faciliterait les mouvements des navires russes engagés dans des missions de présence ou d’escorte. Elle offrirait également un espace pour des capacités de renseignement ou de surveillance électronique. Dans une zone où transitent de nombreux pétroliers et cargos, cette présence pourrait inquiéter les États occidentaux déjà préoccupés par l’activisme des rebelles Houthis au large du Yémen.
Un jeu d’équilibre pour Moscou dans un environnement instable
Toutefois, la volonté russe ne suffit pas. Le Soudan demeure divisé, et les conditions de sécurité sont loin de garantir l’installation durable d’une puissance étrangère. L’absence de gouvernement unifié complique tout accord à long terme. De plus, la Russie doit composer avec la compétition d’autres acteurs déjà solidement implantés, dont certains voient d’un mauvais œil l’arrivée d’une base russe en mer Rouge.
Les ambitions de Moscou s’inscrivent également dans un contexte où l’accès à ses anciennes infrastructures extérieures est limité. La suspension de son implantation en Syrie a créé un vide logistique que la Russie tente de combler. Le Soudan pourrait, en théorie, contribuer à réduire cette vulnérabilité. Mais les perspectives restent incertaines : stabilité politique, coût de l’investissement et rentabilité stratégique sont autant de facteurs que Moscou doit arbitrer avec prudence.








