Le 26 juin 2025, l’Institute for Economics and Peace a publié son Global Peace Index. Ce baromètre international, observé de près par les diplomates et analystes stratégiques, propose une évaluation globale du niveau de sécurité de 163 États. Cette année, la France, pourtant membre du Conseil de sécurité de l’ONU et détentrice d’un arsenal nucléaire, y apparaît comme l’un des pays européens les plus mal classés. Derrière cette notation se cache un prisme idéologique qui soulève des questions fondamentales sur la manière dont la paix est définie dans les rapports internationaux.
Une méthodologie qui pénalise la dissuasion
L’édition 2025 du Global Peace Index attribue à la France un score global de 1,97 sur 5, ce qui la positionne à la 74ᵉ place du classement, bien derrière ses voisins directs. Trois indicateurs lui valent une note maximale de 5/5, traduisant une situation jugée critique par les auteurs du rapport :
- la détention de l’arme nucléaire ;
- les exportations d’armements ;
- la participation active à des conflits extérieurs.
Or ces trois piliers structurent précisément la doctrine stratégique française. La composante nucléaire est l’élément central de la dissuasion, les exportations sont vitales pour le maintien d’une BITD (base industrielle et technologique de défense) souveraine, et les OPEX (opérations extérieures) sont au cœur de la politique de sécurité française depuis des décennies.
Une puissance militaire fonctionnelle jugée menaçante
Cette méthodologie soulève des interrogations pour le monde de la défense. Le rapport assimile la capacité de frappe stratégique à un facteur de déstabilisation, sans distinguer les États proliférants des États reconnus par le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire). De même, les exportations d’armes, pourtant encadrées par des normes strictes et validées par le Parlement, sont considérées comme des éléments aggravants, indépendamment de leur finalité dissuasive ou partenariale.
Enfin, l’implication dans des conflits extérieurs, qu’il s’agisse de missions de l’OTAN, de l’ONU ou de l’UE, est évaluée à l’aune d’un pacifisme structurel qui entre en contradiction directe avec les engagements multilatéraux de la France. L’armée française agit dans un cadre légal, souvent à la demande d’États partenaires, mais le rapport ne fait pas de distinction entre les interventions de stabilisation et les conflits offensifs.
Sécurité intérieure : le contre-choc des attentats de 2015
En matière de sécurité intérieure, le rapport s’appuie sur des données anciennes mais marquantes : les attentats de 2015, qui ont frappé Paris, ont durablement dégradé la note de la France. Ces attaques ont révélé des failles dans la coordination du renseignement, malgré les efforts de refonte du dispositif antiterroriste depuis lors.
Le contexte post-attentats reste un élément structurant de l’image sécuritaire de la France à l’étranger, même si les capacités d’intervention, de renseignement et de dissuasion interne ont été considérablement renforcées.
État de la menace intérieure : les chiffres de la criminalité
Sur le terrain intérieur, les statistiques de la criminalité renforcent cette perception d’un territoire sous tension. En 2024, la France a enregistré 980 homicides, en augmentation par rapport à 2020 (816). Les tentatives d’homicide suivent une tendance similaire : +20 % sur quatre ans. Les saisies d’armes de guerre atteignent des niveaux préoccupants (300 armes interceptées en 2023), souvent en lien avec le narcotrafic, notamment dans les grandes agglomérations du sud.
Ces données, suivies par les services du ministère de l’Intérieur, alimentent la note dégradée du pays sur le volet sécurité publique.
L’image d’un pays militarisé : entre perception et réalité
En synthèse, la notation 2025 du Global Peace Index reflète une évaluation des capacités de sécurité françaises, mais aussi un jugement sur ses postures stratégiques. La militarisation y est systématiquement assimilée à une menace. Or, la doctrine française repose depuis toujours sur une stratégie de dissuasion, de projection maîtrisée et d’exportation encadrée, loin des logiques d’agression ou d’hégémonie.
Ce classement met donc en lumière un décalage profond entre la définition de la paix — centrée sur la réduction des moyens militaires — et la vision française d’une paix armée, garante de stabilité dans un monde fragmenté.








