Satellite : la France prend le contrôle d’Eutelsat, le concurrent de Starlink

Pour ne pas dépendre des satellites de Starlink, la France va prendre le contrôle d’Eutelsat. L’opération va dépasser les 700 millions d’euros.

Publié le
Lecture : 2 min
satellite-eutelsat-starlink-France
Satellite : la France prend le contrôle d’Eutelsat, le concurrent de Starlink | Armees.com

La France va devenir l’actionnaire majoritaire d’Eutelsat. L’entreprise de satellites, concurrente du géant Starlink, tente de rattraper son retard pour assurer une souveraineté européenne en la matière.


La France prend le contrôle d’Eutelsat, une entreprise de satellites


Une bascule discrète mais radicale dans l’équilibre des télécommunications spatiales européennes vient d’avoir lieu. L’opérateur Eutelsat Communications, figure historique du secteur satellitaire français, annonce une augmentation de capital de 1,35 milliard d’euros, à l’issue de laquelle l’État deviendra l’actionnaire principal, avec une participation portée à 29,99 %, via l’Agence des participations de l’État (APE).


Le calendrier est clair : l’assemblée générale extraordinaire convoquée d’ici à l’automne 2025 validera l’opération, qui se déroulera en deux temps. Premièrement, une émission réservée de 716 millions d’euros, à laquelle participeront l’État français et des entreprises privées comme Bharti Airtel, CMA CGM, ainsi que le Fonds Stratégique de Participations (FSP). Deuxièmement, une levée de fonds ouverte au marché de 634 millions d’euros, avec droits préférentiels de souscription pour les actionnaires existants.


Depuis la fusion avec OneWeb, finalisée en 2023, Eutelsat dispose de la deuxième constellation en orbite basse (LEO) au monde, bien qu’elle reste très loin derrière les plus de 7 000 satellites du colosse américain Starlink, filiale de SpaceX. Le message est pourtant limpide : la France entend assurer sa souveraineté dans ce domaine pour ne pas dépendre des Américains.


Eutelsat, bientôt un géant européen ?


Cet investissement massif permet à Eutelsat de réduire drastiquement son endettement, aujourd’hui colossal, et qui met en péril la santé financière de l’entreprise à court terme. Mais l’enjeu ne s’arrête pas à la finance : il est éminemment stratégique. « L’État est fier d’investir dans un secteur aussi essentiel que la connectivité spatiale, pilier de notre souveraineté numérique », déclare Éric Lombard, le ministre de l’Économie.


Ce que certains perçoivent comme une nationalisation déguisée est revendiqué par Bercy comme une stratégie industrielle offensive. En transférant les titres de Bpifrance à l’APE, le gouvernement assume une forme de centralisation du pilotage de la politique spatiale française. Objectif : s’ériger en pivot d’un futur champion européen des satellites, et ce, avant que d’autres puissances, comme Washington ou Pékin, n’imposent leurs normes en orbite basse. Ce geste n’est pas isolé. Un accord-cadre signé avec le ministère des Armées prévoit jusqu’à un milliard d’euros de contrats sur dix ans. Le spatial n’est plus un terrain d’expérimentation technologique. Désormais, il s’agit d’un champ de bataille économique, militaire et diplomatique.


Les autorités françaises espèrent entraîner dans leur sillage d’autres États européens. Mais pour l’instant, ni l’Allemagne ni le Royaume-Uni n’ont confirmé leur participation au capital d’Eutelsat. Or, la crédibilité du projet IRIS², la constellation multi-orbite voulue par la Commission européenne, repose sur une coalition, pas sur un cavalier seul. À Bruxelles, les premiers signaux sont timides. À Londres, les discussions sont floues. Seule la France agit concrètement en mettant des millions sur la table.

Laisser un commentaire

Share to...