Perquisitions, arrestations. Une semaine après son entrée en fonction, le chancelier Friedrich Merz engage un bras de fer avec les mouvements anti-étatiques. Le coup de filet a eu lieu ce mardi 13 mai 2025, avec la dissolution du Königreich Deutschland — le Royaume d’Allemagne — présenté par les autorités comme « la plus grande organisation complotiste et anti-étatique d’Allemagne ».
Une dissolution pour « atteinte grave à l’ordre démocratique libéral »
La décision est tombée dans la matinée de ce mardi : le ministère fédéral de l’Intérieur allemand a annoncé, par communiqué, la dissolution du groupe Königreich Deutschland — le Royaume d’Allemagne — également désigné par l’acronyme KRD. Cette mesure a été motivée par une « atteinte grave à l’ordre démocratique libéral » (La Libre). Le décret s’est accompagné d’une opération de grande ampleur : quatorze perquisitions ciblées ont été menées dans sept Länder, aboutissant à quatre arrestations, dont celle de Peter Fitzek, fondateur du réseau, interpellé à Halsbrücke, en Saxe.
Cette action coordonnée entre la police judiciaire, les unités spécialisées et les services de renseignement intérieur allemands marque un tournant. Le nouveau chancelier Friedrich Merz, élu le 6 mai 2025, a ainsi validé une opération préparée de longue date, mais l’exécution s’est opérée dès sa première semaine au pouvoir, donnant une portée clairement politique à cette démonstration de fermeté.
Le noyau dur des réseaux Reichsbürger
Le Königreich Deutschland n’était pas un groupuscule marginal. Fondé en 2012 par Peter Fitzek, ce réseau s’est progressivement constitué en une entité parallèle, dotée d’une constitution propre, d’un système bancaire autonome, de documents d’identité, d’une monnaie alternative (l’E-Mark), et même d’un embryon de « services publics » autogérés. Le tout articulé autour d’une idéologie rejetant les institutions de la République fédérale et s’enracinant dans une mythologie néomonarchiste.
Selon les services de renseignement allemands, le KRD avait multiplié ses implantations territoriales, en particulier en Saxe, rachetant des terrains pour y établir des « villages du bien commun » où la loi de la République ne s’appliquait plus. L’Office fédéral de protection de la Constitution estime que cette idéologie « pousse ses membres à enfreindre les lois de la République et favorise une radicalisation silencieuse » (Verfassungsschutz, novembre 2023).
Loin d’être isolé, le groupe fédérait près de 6 000 partisans, avec 800 « citoyens » officiels, selon les estimations du Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), l’Office fédéral de protection de la Constitution (La Libre Belgique). Il constituait ainsi la branche la plus structurée de la mouvance des Reichsbürger, ou « citoyens du Reich », un courant qui rassemblait pas moins de 23 000 individus en 2022 à l’échelle du territoire allemand (BfV). Ces militants « défendent l’idée que l’Empire allemand (1871-1945) n’a jamais cessé d’exister, rejetant ainsi la légitimité de la République fédérale » (Bluewin).








