The Lancet, dans sa 10e édition du Lancet Countdown publiée ce 28 octobre 2026, place le conflit nucléaire entraînant une famine généralisée parmi les trois menaces d’extinction massive pour l’humanité d’ici 2100. Un appel direct aux stratèges militaires et aux décideurs de défense à repenser les doctrines de dissuasion. Aux côtés de l’usage malveillant de l’intelligence artificielle, le risque nucléaire s’impose comme un enjeu de santé publique globale, transcendant les seules considérations stratégiques traditionnelles.
Quand la communauté scientifique place la menace nucléaire au cœur des enjeux sanitaires
Le rapport mobilise 146 chercheurs issus de 30 pays, une coalition scientifique sans précédent qui repositionne la guerre nucléaire comme problématique sanitaire planétaire. Marina Romanello, directrice exécutive du projet scientifique Lancet Countdown à l’University College London, souligne : « Dix ans après l’Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté : les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets et s’accélèrent même. » Pourtant, parmi les 17 menaces catastrophiques identifiées, deux seulement possèdent un potentiel d’extinction : l’IA malveillante et le conflit nucléaire générant une famine mondiale.
Conflit nucléaire et famine généralisée : le scénario catastrophe identifié par The Lancet
Le rapport détaille un enchaînement redoutable : un échange nucléaire limité provoquerait une disruption climatique brutale, anéantissant les récoltes à l’échelle continentale. Les projections scientifiques évoquent plusieurs centaines de millions de victimes directes, mais surtout une cascade de famines touchant potentiellement deux milliards d’individus. L’analyse dépasse la simple comptabilité des ogives : elle intègre les effets systémiques sur les chaînes alimentaires, les infrastructures sanitaires et la stabilité géopolitique. Comme le révèle Le Monde, l’obésité et la mauvaise alimentation dominent le classement des risques immédiats, mais le nucléaire occupe une catégorie à part, celle des extinctions potentielles.
Trois menaces d’extinction massive : l’IA malveillante, le nucléaire, et après ?
La hiérarchisation opérée par The Lancet distingue radicalement les risques chroniques (obésité, inégalités socioéconomiques, vieillissement pathologique) des périls existentiels. Sur 17 menaces cataloguées, seules deux franchissent le seuil de l’extinction : l’intelligence artificielle détournée à des fins hostiles et le conflit nucléaire. L’absence d’une troisième menace dans cette catégorie ultime interroge. Les pandémies naturelles, la résistance aux antibiotiques ou l’effondrement de l’aide au développement figurent certes dans la liste, mais n’atteignent pas le niveau catastrophique des deux premières.
La dissuasion nucléaire face aux nouveaux défis de sécurité globale
Les doctrines de dissuasion héritées de la Guerre froide reposent sur l’équilibre de la terreur et la rationalité des acteurs. Le rapport Lancet Countdown introduit une variable inédite : la santé collective comme paramètre stratégique. Un conflit nucléaire ne menacerait pas seulement les belligérants, mais l’ensemble des systèmes sanitaires mondiaux, y compris dans les États neutres. Le Temps rapporte que près de 3 millions de décès liés à la chaleur climatique sont survenus entre 2016 et 2023, démontrant la vulnérabilité des populations aux chocs environnementaux. Un hiver nucléaire multiplierait ces effets par plusieurs ordres de grandeur.
Prévention vs réaction : les stratégies militaires face à l’escalade existentielle
Le rapport appelle à une refonte des paradigmes de sécurité. Plutôt que de privilégier la réponse post-conflit, les chercheurs plaident pour une prévention systémique intégrant les enjeux sanitaires. Les 1 000 milliards de dollars de pertes économiques annuelles dues à la baisse de productivité liée à la chaleur, documentés sur les trois dernières années, illustrent le coût de l’inaction. Transposé au nucléaire, ce constat implique des investissements massifs dans la désescalade, la transparence des arsenaux et les mécanismes de vérification. Les normes européennes sur l’IA militaire constituent un premier pas, mais le nucléaire demeure largement hors de ce cadre normatif émergent.
146 chercheurs de 30 pays : quand la science alerte les décideurs militaires
La méthodologie du Lancet Countdown repose sur une approche multidisciplinaire croisant épidémiologie, climatologie, économie et sciences politiques. Les 146 experts mobilisés représentent un spectre géographique large, bien que 84 % du financement de recherche provienne des pays riches. Marina Romanello réclame que « le changement climatique soit officiellement reconnu comme une urgence sanitaire mondiale, avec la santé placée au centre de chaque décision climatique. » Par extension, le nucléaire devrait bénéficier d’un traitement similaire : non plus seulement comme outil de politique étrangère, mais comme facteur de risque sanitaire global nécessitant une gouvernance dédiée.
Le professeur Ollie Jay, de l’Université de Sydney, précise : « Car il y a de toute façon des périodes de forte chaleur, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par le changement climatique d’origine humaine, c’est pourquoi nous observons davantage de décès que nous n’en aurions eus sans celui-ci. » Appliqué au nucléaire, ce raisonnement suggère que les tensions géopolitiques existantes se trouvent exacerbées par les crises environnementales, augmentant mécaniquement le risque d’escalade. Le Parisien souligne que 710 000 décès liés à la chaleur sont survenus en 2023 seul, dont 71 % imputables au réchauffement climatique. Un conflit nucléaire dans un contexte de stress climatique maximal produirait des effets synergiques dévastateurs.
Publié à quelques jours de la COP 31 (9-20 novembre 2026), le rapport intervient dans un contexte de tension accrue. Les États dotés de l’arme nucléaire modernisent leurs arsenaux, tandis que les traités de limitation peinent à freiner la prolifération. Les accords de défense bilatéraux, comme celui entre la France et les Fidji actuellement examiné au Sénat, témoignent d’une recomposition des alliances. Pourtant, aucun mécanisme équivalent n’existe pour coordonner la réponse sanitaire à un conflit nucléaire. L’OMS, cible de l’appel du Lancet Countdown pour la reconnaissance d’une urgence climatique, pourrait étendre son mandat aux risques existentiels d’origine militaire.








