Remise en doute de la souveraineté à Mayotte : quand Moscou vise Paris

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a violemment attaqué la légitimité française sur l’île de Mayotte.

Publié le
Lecture : 3 min
Russie et Syrie : le Kremlin face à l’effondrement du régime Assad
Remise en doute de la souveraineté à Mayotte : quand Moscou vise Paris | Armees.com

Sous l’écume diplomatique, l’écho d’un affrontement plus vaste résonne. Un archipel minuscule, une guerre à plusieurs visages, et une vieille obsession impériale : le cocktail est instable, explosif même. Et l’île de Mayotte en est aujourd’hui l’épicentre involontaire.

Mayotte : le 27 mars 2025, Moscou lance une offensive diplomatique inédite contre la France

La journée du 27 mars 2025 n’a pas été qu’un simple épisode d’agitation diplomatique. Elle marque l’ouverture d’un nouveau front symbolique dans la stratégie internationale du Kremlin : Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a violemment attaqué la légitimité française sur l’île de Mayotte, qualifiant la présence militaire de Paris de « militarisation injustifiée » et dénonçant un « des derniers vestiges de l’époque coloniale ».

Selon elle, « en vertu du droit international, cette île appartient à l’Union des Comores », ajoutant que l’action française constitue le « contrôle d’un territoire d’outre-mer détenu illégalement », détaille TF1 Info. L’accusation est lourde. Et elle ne vient pas seule : la Russie installe désormais une ambassade aux Comores, donnant à ses paroles un ancrage diplomatique et stratégique très concret.

En réponse, Manuel Valls, ministre des Outre-mer, dénonce une entreprise délibérée : « La Russie cherche et cherchera à nuire aux intérêts de la France partout », estimant que les propos de Zakharova et l’ouverture de cette ambassade sont « un signal clair » d’une stratégie d’influence hostile.

Mayotte, France et souveraineté : un prétexte idéal pour la guerre d’image menée par la Russie

Que cherche réellement Moscou ? Ce que la Russie tente à Mayotte s’apparente moins à une revendication territoriale directe qu’à une guerre d’image. Elle active une rhétorique néocoloniale calibrée pour fragiliser l’influence française en Afrique et dans l’océan Indien, tout en élargissant son propre réseau diplomatique.

Le vocabulaire est soigneusement choisi : « militarisation », « colonialisme », « illégalité »… des termes taillés pour instrumentaliser le récit anticolonialiste encore très vivant dans les pays du Sud global. En s’alignant sur la position historique des Comores, qui contestent toujours le rattachement de Mayotte à la France malgré les référendums de 1974 et 1976, Moscou tente de rallier à sa cause des partenaires stratégiques, dans un contexte de polarisation mondiale exacerbée par la guerre en Ukraine.

Ce n’est pas un hasard si Zakharova ajoute que « les aspirations militaristes de l’administration Macron vont bien au-delà de l’Union européenne », ciblant directement la stratégie d’influence française dans l’Indo-Pacifique, souligne TF1. Les accusations deviennent un levier, une caisse de résonance idéologique pour relégitimer l’agenda géopolitique russe en Afrique.

Quand la France répond, Moscou avance ses pions : vers une guerre d’influence durable à Mayotte ?

La réponse de la France, incarnée par Manuel Valls, reste pour l’heure mesurée : « Il n’a jamais été question de créer une nouvelle base militaire à Mayotte », rapporte Le Marin le 28 mars 2025, précisant que les annonces portaient uniquement sur un renforcement du soutien logistique à la base navale déjà existante, dans un cadre de lutte contre le narcotrafic et les flux migratoires illégaux.

Mais ce n’est pas ce que retient Moscou. Pour le Kremlin, la perception prime sur les faits. Une rumeur devient outil de pouvoir. Et dans le tumulte d’un monde désinformé, les accusations lancées contre la France prennent corps dans les réseaux sociaux, dans les médias alignés, dans les discours diplomatiques sud-sud.

D’autant que le gouvernement comorien ne reste pas inerte : Fakridine Mahamoud, ministre de l’Intérieur, a publiquement exprimé son opposition à la politique française à Mayotte, dénonçant une militarisation génératrice de tensions, comme l’explique La 1ère le 27 mars 2025. Une prise de position qui alimente l’escalade symbolique.

Laisser un commentaire

Share to...