Le 15 juillet 2025, à quelques jours de la Fête nationale, le ministre belge de la Défense Theo Francken a confirmé que les soldats de l’armée régulière seraient désormais contraints de couvrir leur visage durant le défilé du 21 juillet 2025. Une décision qui bouleverse les usages militaires belges et montre l’inquiétude croissante face aux technologies de surveillance numérique.
Belgique : une mesure de protection inédite contre les menaces numériques
Pour la première fois, la plupart des soldats engagés dans le défilé officiel porteront un foulard afin de masquer leur visage, sur ordre direct du ministère de la Défense. Jusqu’ici, cette pratique n’était appliquée qu’au sein des unités spéciales ou en période de tension sécuritaire exceptionnelle. Désormais, elle devient la norme pour toutes les forces opérationnelles participant à l’événement.
Le ministre Theo Francken justifie cette décision par la montée en puissance des technologies de reconnaissance faciale et de calcul intensif. Il affirme sur RTL : « Il y a beaucoup d’intelligence artificielle, beaucoup de super computing et c’est absolument nécessaire d’avoir plus de protection autour de nos forces armées. C’est une mesure qu’on doit prendre pour la sécurité des troupes. C’est très, très important. »
Cette volonté de protéger l’identité des militaires découle d’un contexte géopolitique particulièrement tendu. Le ministre évoque explicitement le risque de menace hybride en lien avec la guerre en Ukraine, ainsi que les capacités croissantes de pays tiers à identifier des soldats par simple diffusion télévisée d’une parade.
IA, reconnaissance faciale et cybermenace étrangère
Du côté du ministère, le discours est clair : il ne s’agit pas d’une précaution symbolique, mais d’un bouclier numérique. Le ministère évoque dans la presse la “cybermenace étrangère accrue” : « Les soldats pourraient en effet être identifiés par les services d’un pays tiers grâce à la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle. », explique 7sur7 .
L’identification des visages via l’intelligence artificielle est aujourd’hui à la portée d’acteurs publics ou privés. À l’ère du “super computing”, la diffusion d’images en haute définition représente une vulnérabilité opérationnelle. Chaque soldat devient une cible potentielle, sur le terrain comme à domicile. Ce raisonnement alimente une approche préventive que Francken qualifie de “nécessaire”. Il insiste : « On doit être prudent, surtout avec la guerre en Europe, en Ukraine, avec la Russie, la menace hybride. On doit être plus prudent. Nous sommes trop naïfs. »
Une tradition interrompue et une controverse syndicale
La mesure ne fait cependant pas l’unanimité. Le principal syndicat militaire ACMP-CGPM, par la voix de son délégué permanent Philippe Sion, dénonce une approche exagérée : « Je pense qu’on tombe un peu dans la paranoïa. Je ne comprends pas très bien cette décision de faire défiler nos militaires avec un masque. Hier, j’ai pu constater que les militaires français qui défilaient au 14 juillet n’en portaient pas. », relaye RTL. L’uniformisation des tenues avec le fameux “buff” – ce cache-cou qui dissimule le bas du visage – pourrait aussi affecter la perception publique du soldat.
Cette directive générale ne s’appliquera toutefois pas à tous. Les élèves-officiers de l’École royale militaire ainsi que les haut-gradés ne sont pas concernés par la consigne. Il s’agit donc d’une application ciblée sur les troupes d’exécution, celles les plus exposées aux risques de surveillance extérieurs.
Visage caché : une extension d’un usage préexistant dans l’armée belge
Si cette directive frappe par son ampleur, elle n’est pas entièrement inédite. Selon Sven Serré, commandant en second de la force terrestre, des précédents existent : « Il y a toujours eu des unités qui ont défilé avec ce buff. Et quand nous avons vu les militaires dans les rues, à partir de 2016, après les attentats, les militaires étaient également avec le buff, pour ne pas être complètement reconnaissables. ».
Le buff a donc une histoire opérationnelle, liée à des phases de déploiement en milieu civil ou de contexte antiterroriste. Il est aussi apparu lors d’événements internationaux, comme la Belgian Cenotaph Parade organisée à Londres, ou lors de l’accueil du roi Philippe à l’aéroport de Melsbroek en juin 2025.








