La guerre a changé de dimension : les lignes de front ne ressemblent plus seulement à des tranchées. Elles se déplacent, se déguisent, se dérobent. Parfois, elles prennent même l’apparence d’un site de streaming pornographique. Oui, vous avez bien lu : la dernière zone d’opérations d’influence ne se situe ni en mer Baltique ni sur un câble de fibre optique, mais sur Pornhub.
On va sur un site X et soudain… Emmanuel Macron !
Derrière la façade bien huilée des vidéos à la scénarisation… variable, se tapit un autre spectacle : des commentaires politiques, au ton étrangement coordonné, dénigrant Emmanuel Macron, accusant le gouvernement français de vampiriser le contribuable par des taxes injustes…


On imagine le désarroi du visiteur moyen, venu chercher autre chose qu’un débat géopolitique sur le budget de la défense.


L’absurde n’est ici qu’apparent. Ces commentaires, répétitifs, maladroitement traduits, parfois postés en boucle sous des vidéos sans aucun lien avec la politique, n’ont rien d’un hasard. Ils portent la signature discrète mais persistante de ce qu’on appelle pudiquement une « opération d’influence », que l’on soupçonne d’être orchestrée depuis les laboratoires russes. Leur cible ? L’opinion occidentale, et en particulier les jeunesses désabusées, moins réceptives aux discours institutionnels qu’aux messages furtifs glissés dans les interstices de leurs habitudes numériques.
Les bots : une usine à commentaires bien connue
On aurait tort de sous-estimer la portée d’une telle stratégie. L’algorithme du chaos ne fait pas dans le détail. L’objectif n’est pas la conviction, mais l’érosion. À coups de messages insinuant la décadence des élites françaises, l’absurdité d’un soutien à l’Ukraine ou l’inefficacité de l’armée nationale, ces bots sèment le doute, cultivent le cynisme et installent, vidéo après vidéo, le sentiment d’un effondrement irréversible.
Ce n’est pas la première fois que des campagnes de désinformation colonisent des territoires inattendus. TikTok, Steam, Tripadvisor… la guerre de l’attention ne connaît pas de limites.
Le porno : la nouvelle ligne de front pour prendre l’adversaire au dépourvu
Mais l’irruption de la propagande dans un espace aussi improbable que Pornhub pousse la logique jusqu’à son point de rupture. Elle désarme le lecteur par le contraste entre le fond du message et la forme du support. Une critique féroce de la politique de défense, glissée entre deux blagues potaches sur des pratiques acrobatiques, prend des allures surréalistes, presque dadaïstes. Et pourtant, elle fait mouche.
Faut-il en rire ? Certainement. Mais aussi en tirer une leçon. La guerre hybride ne se joue plus seulement avec des tanks ni même avec des drones. Elle infiltre les loisirs, investit les marges, se déploie là où l’on baisse la garde. Le soldat moderne n’est pas toujours celui qu’on croit. Il peut être un adolescent sceptique, un internaute distrait ou un modérateur débordé. Et le champ de bataille, lui, peut s’inviter là où nul n’aurait pensé le chercher.
Même — surtout — dans un site classé X.








