Le 36e sommet de l’OTAN s’ouvre le 7 juillet 2026 à Ankara dans un climat de tensions inédites. Alors que la guerre en Ukraine continue et que les frappes russes s’intensifient, les 32 États membres doivent affronter un défi majeur : maintenir la cohésion de l’alliance face aux critiques acerbes du président américain Donald Trump. Ce rassemblement intervient à un moment charnière où les capacités militaires européennes sont mises à l’épreuve et où la Turquie, deuxième armée de l’OTAN avec 355 000 soldats, entend peser davantage dans l’architecture de défense collective.
Un sommet marqué par les tensions géopolitiques et les exigences américaines
La critique de Trump : un défi pour la cohésion militaire de l’alliance
Deux jours avant l’ouverture du sommet, Donald Trump a qualifié de « ridicule » la relation des États-Unis avec l’OTAN, dénonçant un engagement « unilatéral ». Cette sortie brutale met sous pression les alliés européens, contraints de prouver leur engagement financier et opérationnel. Lors du sommet de La Haye en 2025, les membres se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5% de leur PIB, un objectif ambitieux qui soulève des interrogations sur sa faisabilité. Guillaume Lagane, enseignant à Sciences Po Paris, souligne que cette exigence budgétaire représente un doublement des efforts pour la plupart des pays européens. La question n’est plus seulement diplomatique : elle devient opérationnelle, avec des conséquences directes sur les capacités de projection et d’interopérabilité des forces armées.
L’escalade en Ukraine : demandes urgentes de défense antiaérienne
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a intensifié ses appels après une vague de frappes russes présentée comme « la plus importante » depuis l’invasion. « La question de la défense antiaérienne et antimissile doit figurer parmi les principaux résultats attendus. À condition, bien sûr, que l’OTAN ait encore une quelconque importance pour les alliés », a déclaré Zelensky, ajoutant une pression supplémentaire sur les participants. Cette requête met en lumière un déficit capacitaire critique : les systèmes de défense sol-air occidentaux, notamment les Patriots américains et les SAMP/T franco-italiens, restent insuffisants face à l’intensité des bombardements russes. Le sommet doit trancher sur l’allocation de nouveaux systèmes antimissiles et sur les modalités de leur déploiement rapide.
Renforcement des capacités de défense : l’engagement à 5% du PIB en question
Les objectifs de dépenses militaires et leur réalisation concrète
L’engagement à consacrer 5% du PIB à la défense représente un saut budgétaire sans précédent. Pour la France, cela signifierait passer de 2,1% actuellement à 5%, soit un triplement des crédits militaires. Ce niveau d’investissement n’a pas été atteint depuis la Guerre froide. Les industriels de défense européens anticipent une montée en puissance des commandes, mais les délais de production restent un obstacle majeur. Les chaînes d’approvisionnement en munitions, composants électroniques et matériaux stratégiques accusent déjà des retards significatifs. L’enjeu dépasse la simple augmentation budgétaire : il s’agit de transformer ces crédits en capacités opérationnelles déployables rapidement, notamment en artillerie, drones de combat et systèmes de guerre électronique.
La Turquie, deuxième armée de l’OTAN, comme pivot stratégique
Ankara saisit l’opportunité du sommet pour affirmer son poids militaire et industriel. Avec un effectif de 355 000 soldats, la Turquie dispose de la deuxième armée de l’alliance après les États-Unis. Le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu’il est « inconcevable d’envisager la sécurité européenne sans la Turquie ». Le pays a créé en 2025 un Fonds de soutien aux industries de défense doté de 7 milliards d’euros et affiche une croissance de 48% de ses exportations d’armement. Cette dynamique s’accompagne d’une demande d’intégration au programme SAFE, doté de 150 milliards d’euros, qui vise à renforcer l’autonomie stratégique européenne. L’industrie de défense occidentale connaît une phase de consolidation intense, et la Turquie entend y jouer un rôle central.
Soutien à l’Ukraine : quels systèmes de défense pour contrer les frappes russes ?
Les appels de Zelensky pour la défense antiaérienne et antimissile
Les demandes ukrainiennes portent sur des systèmes à courte, moyenne et longue portée. Les batteries Patriot, les systèmes IRIS-T allemands et les NASAMS norvégiens figurent en tête des priorités. L’Ukraine réclame également des missiles intercepteurs en quantité suffisante pour faire face à des salves massives de drones Shahed et de missiles de croisière russes. Le défi logistique est considérable : chaque batterie nécessite des mois de formation pour les opérateurs et un soutien technique permanent. Les alliés doivent arbitrer entre leurs propres besoins de défense territoriale et le soutien à Kiev. La question du transfert de systèmes avancés, comme les THAAD américains ou les Arrow israéliens, reste ouverte mais politiquement sensible.
L’industrie de défense turque : une opportunité pour l’autonomie européenne
Un Forum des industries de défense, organisé sur le site de Turkish Aerospace, permet à Ankara de présenter ses capacités technologiques. « Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une semaine », a affirmé Erdogan, illustrant la montée en puissance de l’industrie turque. Les drones Bayraktar, les systèmes de défense aérienne Hisar et les corvettes de classe Ada témoignent d’une maîtrise technologique croissante. Cette base industrielle pourrait réduire la dépendance européenne vis-à-vis des États-Unis, notamment pour les munitions et les systèmes de moyenne intensité. Toutefois, l’intégration pleine de la Turquie aux programmes européens bute sur des obstacles politiques, notamment les tensions persistantes avec la Grèce et Chypre. D’autres puissances régionales accélèrent également leur montée en puissance navale, modifiant les équilibres stratégiques.








