Il est temps que la France prenne toute sa place dans l’OTAN

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Par Anne Genetet Publié le 29 mai 2024 à 19h30
OTAN, France, armée, stratégie,France Insoumise, politique, géopolitique

Dans le contexte du rôle central d'une Alliance "ranimée" par la guerre en Ukraine, la députée, Anne Genetet, qui vient de conclure une mission sur la France dans l'OTAN, dénonce aussi la position de La France Insoumise.

« L'union fait la force ! Aujourd'hui, l'Europe et la France ont plus que jamais besoin de l'OTAN. L'Alliance est centrale pour la défense collective de l'Europe et elle apporte à la France une garantie de défense incontournable, lui permettant de démultiplier sa puissance sans remettre en cause son indépendance. Comme l’a rappelé le Chef d’Etat Major, le Général Burkhard : « la coalition est systématiquement privilégiée car elle produit les effets stratégiques les plus puissants ». Pour autant, l'OTAN reste un impensé stratégique de notre politique de défense.

La France doit élaborer sa propre stratégie dans l'OTAN. Celle-ci assumera la défense en coalition du pays et conjuguera la défense de ses propres intérêts avec la nécessaire solidarité envers nos alliés. Une telle stratégie contribuera à dissiper les doutes sur la sincérité de l'engagement de la France dans l'OTAN, de même que certaines ambiguïtés liées à l'indépendance nationale et à l'évocation de l'UE. Cette stratégie devra faire l'objet d'un débat au Parlement et d'une large promotion, afin de développer la culture OTAN qui nous fait souvent défaut. À terme, il est souhaitable que l'Alliance soit vécue par la France comme « notre Alliance ».

Un choc de confiance

Au regard de la dégradation du contexte stratégique, la France a intérêt à renforcer son influence au sein de l'OTAN. Cela passera d’abord par l'accroissement de son effort de défense (pour atteindre les 3% de PIB à l’horizon 2030) et son implication accrue dans les organes et les activités de l'Alliance, dont l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Ensuite, il faut changer de posture, être plus entreprenant en portant une attention accrue aux attentes de ses partenaires. Cela exigera enfin l'accélération de la ré-acquisition d'un savoir-être perdu après quarante années passées hors du commandement militaire intégré.

Afin de créer un « choc de confiance » vis-à-vis des Alliés, la France pourrait aussi intégrer le groupe des plans nucléaires (NPG), qui n’est autre qu’un espace d’échanges dont aujourd’hui la France est la seule à ne pas être membre, laissant ainsi la seule grammaire américaine s’y exprimer. Ceci n’enlèverait pas une once de souveraineté à la France : qui peut croire par exemple que les États-Unis, au cœur du NPG, ne sont pas un État souverain en matière de dissuasion nucléaire ?

La France en première ligne

Pivotement vers l’Asie, perspective d’une nouvelle présidence de Donald Trump, la garantie de sécurité américaine est devenue incertaine. Si l’engagement des États-Unis dans l’Otan devait diminuer, notre pays, première puissance militaire du continent et seul membre de l’UE doté de l’arme nucléaire, se retrouverait en première ligne et devrait alors assumer ses responsabilités vis-à-vis de ses alliés européens.

La France doit plus que jamais se préparer à une telle éventualité. Cela ne peut s’envisager sans un véritable pilier européen de l'OTAN qu’il conviendra, là encore, de définir avec méthode et précision. Notre pays devra prendre toute sa place dans la construction de ce pilier, étape décisive sur la voie de l'autonomie stratégique européenne.

Formol idéologique

Dans les circonstances actuelles, nul ne devrait badiner avec nos enjeux stratégiques et diplomatiques. C'est pourtant ce que proposent les extrêmes de notre échiquier politique, à commencer par La France Insoumise. Sa position est figée dans le formol idéologique, où l’anti-américanisme primaire se mélange avec un pacifisme béat. Pourtant, être anti-Alliance, n'est-ce pas nier la réalité de la violence du monde, la réalité de nos intérêts vitaux et la réalité de nos propres forces ? N’est-ce pas fragiliser notre pays, se mettre en danger et isoler la France en Europe ? Manifestement, certains ne voient pas notre environnement stratégique tel qu'il est mais tel qu'ils voudraient qu'il soit.

Au contraire, ce dont la France a besoin, c'est d'une vision réaliste dont l'ambition est de donner au pays les moyens de décider et d'agir pour contrôler son destin. Le réalisme, c’est comprendre que la France a besoin de l’OTAN et que l’OTAN a besoin de la France. L’un ne va pas sans l’autre, et ce de moins en moins. Dans cette perspective, c'est en devenant plus entreprenante et plus proactive dans l'OTAN que la France défendra plus efficacement ses intérêts, et saura achever de convaincre de l’importance de l'autonomie stratégique européenne, à travers l'affirmation d'un véritable pilier européen de défense.

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Anne Genetet est députée des Français d’Asie, d’Océanie et d’Europe orientale (49 pays au total). À l’Assemblée nationale, elle est secrétaire de la commission de la défense et vice-présidente du groupe politique Renaissance. Au titre des fonctions liées à son mandat de députée, elle est présidente de la délégation française à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.