Menace russe : la Pologne et les États baltes prêts à relancer l’usage des mines antipersonnel ?

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Menace russe : la Pologne et les États baltes prêts à relancer l’usage des mines antipersonnel ? | Armees.com

Les mines antipersonnel, interdites par la Convention d’Ottawa depuis 1997, sont sur le point de redevenir un sujet brûlant en Europe de l’Est. La Pologne et les États baltes envisagent de quitter ce traité international.

« Nos pays sont prêts et peuvent utiliser toutes les mesures nécessaires pour défendre notre territoire et notre liberté. » Ces mots, extraits d’un communiqué commun des ministres de la Défense polonais, lituanien, letton et estonien, résonnent comme un avertissement.

Pourquoi un tel revirement sur les mines antipersonnel ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a bouleversé les équilibres stratégiques de l’Europe. La Pologne et les États baltes, situés en première ligne face à Moscou, estiment que la situation sécuritaire dans la région s’est « fondamentalement détériorée » depuis la ratification du traité.
Alors que la Russie n’a jamais adhéré à la Convention d’Ottawa, son armée a massivement employé des mines antipersonnel en Ukraine. Ce pays est désormais considéré comme le plus miné au monde. Dans ce contexte, Varsovie, Tallinn, Riga et Vilnius souhaitent récupérer un outil de dissuasion. L’objectif affiché ? Renforcer la défense du flanc oriental de l’OTAN face à une menace militaire perçue comme existentielle.

Si ces États venaient à quitter la Convention d’Ottawa, cela enverrait un signal fort aux autres membres de l’OTAN. Actuellement, plus de 160 pays ont ratifié ce traité, mais certains poids lourds, comme les États-Unis, la Chine et la Russie, n’y ont jamais adhéré.
Ce changement de cap pourrait créer un précédent, incitant d’autres nations frontalières de la Russie à revoir leur position. La Finlande, qui a rejoint l’OTAN en 2023, envisage également un retrait, selon la ministre lituanienne de la Défense, Dovile Sakaliene.
Par ailleurs, cette décision pourrait remettre en cause le consensus international sur l’interdiction des mines antipersonnel. La Croix-Rouge s’est déclarée « très inquiète » de cette tendance au réarmement, craignant une banalisation de ces armes dont les victimes sont majoritairement des civils.

Un dilemme entre sécurité et droit humanitaire

Les mines antipersonnel sont considérées comme l’un des fléaux les plus persistants des conflits modernes. Elles continuent de tuer et de mutiler bien après la fin des hostilités. En 2023, au moins 5 757 personnes, principalement des civils, ont été blessées ou tuées par ces armes, selon l’ONG Landmine Monitor.
Pourtant, les pays baltes et la Pologne assurent rester attachés au droit humanitaire. Ils soulignent que leur décision ne signifie pas une adoption immédiate des mines, mais plutôt une volonté de flexibilité pour faire face à une menace militaire russe de plus en plus importante.
En Lettonie, des discussions sont déjà en cours sur la relance de la production de mines antipersonnel. « Il est possible de développer cette capacité rapidement en Lettonie et dans d’autres pays de la région », a déclaré le ministère letton de la Défense.

Alors que la guerre en Ukraine se prolonge, l’Europe de l’Est se réarme à un rythme inédit. L’Estonie, la Lituanie et la Pologne ont annoncé porter leur budget de défense à 5 % de leur PIB, bien au-delà des 2 % recommandés par l’OTAN.
Le retrait de la Convention d’Ottawa s’inscrit dans cette logique de renforcement militaire. Mais à quel prix ? Cette décision pourrait-elle réactiver une course à l’armement dans la région ?

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