MBDA : une nouvelle usine pour fabriquer plus de missiles

MBDA annonce la construction d’une nouvelle usine près d’Orléans dans le cadre d’un investissement de deux milliards d’euros. Le missilier européen vise à multiplier par six sa production française de missiles d’ici 2030 pour répondre à l’explosion de la demande liée au contexte géopolitique actuel.

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MBDA : une nouvelle usine pour fabriquer plus de missiles © Armees.com

Le missilier européen MBDA annonce la construction d’une nouvelle usine dans l’agglomération orléanaise, pierre angulaire d’un investissement de deux milliards d’euros destiné à transformer l’appareil productif français. L’entreprise, détenue conjointement par Airbus, BAE Systems et Leonardo, ambitionne de multiplier par six sa production de missiles d’ici 2030 par rapport aux volumes de 2023.

« Nous sommes au rendez-vous de la hausse de production », affirme Stéphane Reb, directeur des Programmes du groupe, dans un contexte où les commandes militaires européennes connaissent une croissance exponentielle depuis le déclenchement du conflit ukrainien.

Deux milliards d’euros pour multiplier la production française par six et un site industriel de 40 hectares près d’Orléans

Le futur complexe industriel s’étendra sur 40 hectares, soit le double de l’emprise de l’usine de Bourges Aéroport, principal établissement français de MBDA. L’implantation orléanaise répond à une saturation progressive de la région berrichonne, qui concentre déjà un écosystème dense d’entreprises de défense incluant KNDS et ASB.

« La région autour de Bourges commence à être saturée », justifie Stéphane Reb. L’agglomération orléanaise représente désormais « un nouveau bassin d’emplois » stratégique pour répondre aux « fortes demandes sur les produits » du missilier européen. Le site se spécialisera dans la production d’éléments mécaniques, composants cruciaux des systèmes d’armes contemporains.

Production opérationnelle dès 2027

La montée en puissance suivra un calendrier serré. MBDA prévoit de débuter sa production dès 2027 dans des locaux loués, probablement ceux de l’ancien fabricant d’éoliennes Vergnet, liquidé en février dernier. L’usine définitive atteindra son rythme de croisière en 2030, employant potentiellement plusieurs centaines de personnes.

L’urgence industrielle répond aux pressions européennes. Lors de sa visite à Bourges en avril, le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius exhortait l’industrie à « passer à la vitesse supérieure ». « Pour le moment, la Russie produit plus que nous dans différents domaines, et parfois de beaucoup. Nous devons donc afficher très clairement l’ambition de dépasser la Russie en termes de production », martelait-il.

Un défi industriel et technologique majeur

La multiplication par six des cadences de production impose des transformations structurelles profondes. MBDA doit simultanément recruter et former des centaines de spécialistes dans un secteur en tension, adapter ses chaînes d’approvisionnement aux nouveaux volumes, et moderniser ses processus industriels pour maintenir les standards de qualité.

Le groupe, qui emploie 19 000 personnes majoritairement réparties entre la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne, a réalisé un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros en 2025. Son catalogue s’étend des missiles sol-sol Storm Shadow, utilisés par l’Ukraine contre la Russie, aux systèmes Aster de défense antiaérienne, en passant par les nouvelles solutions anti-drones développées pour les théâtres d’opérations contemporains.

Autonomie stratégique européenne en marche

L’expansion de MBDA s’inscrit dans un mouvement plus vaste de réindustrialisation de la défense européenne. Longtemps dépendante des importations, notamment américaines, l’Europe développe progressivement son autonomie dans les secteurs critiques. Les missiles constituent un domaine particulièrement sensible où la souveraineté technologique revêt une importance stratégique majeure.

Les retombées économiques dépassent le seul périmètre militaire. L’implantation orléanaise dynamisera l’écosystème local, créant un effet d’entraînement sur les sous-traitants et les services connexes. L’investissement de plusieurs centaines de millions d’euros témoigne de la confiance du groupe dans l’avenir du marché français et européen de l’armement.

L’accélération des cadences de production devrait contribuer à fluidifier les livraisons et à réduire les délais d’approvisionnement parfois prohibitifs que connaissent les alliés européens. Un enjeu capital pour renforcer la crédibilité de la dissuasion européenne face aux menaces contemporaines, à l’heure où les technologies de défense se transforment à un rythme accéléré.

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