Le nouveau porte-avions français : trop ambitieux, trop tard ?

Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Publié le 5 avril 2023 à 8h24

La France a annoncé la construction d'un nouveau porte-avions pour remplacer le Charles de Gaulle, mais le calendrier du projet soulève des questions. la France prévoit en effet une mise à l’eau en 2036, et en service actif en 2038, pour son futur porte-avions. A cette date, le Charles de Gaulle sera alors largement à bout de souffle... par Jean-Baptiste Giraud

Un remplacement nécessaire pour le Charles de Gaulle

La France prévoit de construire un nouveau porte-avions nucléaire, le Porte-Avions Nouvelle Génération (PANG), qui devrait être achevé en 2036 pour remplacer le Charles de Gaulle, actuellement en service. Cependant, le Charles de Gaulle, lancé en 2001, atteindra la fin de sa carrière et sera à bout de souffle d'ici là, soulevant des questions sur la pertinence du calendrier du projet.

Le calendrier de construction du futur porte-avions français

Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a précisé que la construction du PANG débutera en 2025 et s'étendra sur plus de 15 ans. Le PANG sera probablement unique, bien que l'idée de construire deux navires ait été envisagée afin d'assurer une permanence à la mer. Bien évidemment, c’est le coût de construction de deux porte-avions qui a bloqué ce scénario. Mais aussi la capacité de Naval Group, retenu pour construire le nouveau PANG, a mener à bien deux chantiers de cette ampleur simultanément.

Il convient de noter qu'au cours des deux dernières guerres mondiales, des dizaines de navires ont été construits en quelques mois dans les chantiers navals du monde entier, notamment en Allemagne, au Japon et aux États-Unis. Des porte-avions sortaient en deux ans des chantiers navals ! (voir ci-dessous). À l'inverse, les plans actuels de construction de nouveaux équipements militaires en France se projettent sur 20 ans, comme pour le remplaçant du char Leclerc, prévu pour 2035...

Les missions et l'armement du futur porte-avions français

Le PANG aura pour missions principales la liberté de circulation, la dissuasion nucléaire et le soutien aux opérations militaires à l'étranger. Il sera armé d'une trentaine d'aéronefs, dont des Rafale marine et des avions de guet maritime E2C Hawkeye. Les Rafale marine, qui devraient être réformés en 2040, seront remplacés par le futur chasseur franco-allemand, le Système de combat aérien du futur (SCAF).

Coût et financement du projet de porte-avions français

Le budget total du PANG est estimé à environ 10 milliards d'euros, avec 5 milliards d'euros déjà réservés dans la loi de programmation militaire des cinq prochaines années (LPM 2024-2030). Le coût final pourrait toutefois varier en fonction des retards éventuels dans la réalisation du programme industriel.

La construction d'un nouveau porte-avions est stratégique pour la France, seul pays au monde avec les Etats-Unis à maîtriser la propulsion nucléaire des navires. A noter que ce porte-avions devrait aussi être équipé de catapultes électromagnétiques, à l’instar de ce qui se fait sur les derniers porte-avions américains.  Toutefois, il est crucial de réfléchir au calendrier du projet et à la pertinence d'une planification à long terme pour les équipements militaires, compte tenu de l'évolution rapide des technologies, (on pense aux missiles supersoniques capables de pulvériser un porte-avions en un seul coup au but) et des menaces potentielles, notamment à l’Est et en Asie.

Les porte-avions américains et japonais
pendant la Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et le Japon ont construit des porte-avions à un rythme rapide pour répondre aux besoins de la guerre. Par exemple, le porte-avions américain USS Essex (CV-9), qui a joué un rôle crucial dans le théâtre du Pacifique, a été commandé en 1940 et mis en service en décembre 1942, soit seulement deux ans après le début de sa construction. Un autre exemple est l'USS Yorktown (CV-10), également comm

andé en 1940 et mis en service en avril 1943, après moins de trois ans de construction. Du côté

japonais, le porte-avions Shōkaku, lancé en juin 1941, a été construit en un peu plus de deux ans, tandis que son navire jumeau, le Zuikaku, a été commandé en novembre 1939 et mis en service en septembre 1941, soit en moins de deux ans. Ces délais de construction rapides montrent à quel point les nations en guerre étaient capables de produire rapidement des navires de guerre essentiels pour soutenir leurs efforts militaires.

Jean Baptiste Giraud

Journaliste éco, écrivain, entrepreneur. Dir de la Rédac et fondateur d’EconomieMatin.fr. Fondateur de Cvox.fr. Officier (R) de gendarmerie.