Le nombre d’incursions turques dans l’espace aérien grec a presque doublé : 433 cas ont été recensés depuis le début de l’année 2026, contre 225 sur l’ensemble de 2025, selon les données du quotidien I Kathimerini, établies à partir des chiffres publics du ministère grec de la Défense. Rien qu’au mois d’août, 72 des 97 incursions constatées ont impliqué des drones.
Ce contentieux aérien s’enracine dans un désaccord plus ancien : Ankara ne reconnaît pas la région d’information de vol d’Athènes, en raison d’un différend territorial en mer Égée jamais réglé. Le nombre de violations a beaucoup varié ces dernières années.
La Grèce en avait comptabilisé 126 en une seule journée d’avril 2022, avant un pic annuel à 11 258 cas la même année. Les séismes qui ont frappé la Turquie en février 2023 avaient marqué un coup d’arrêt, et 2024 n’avait enregistré aucune violation.
Les appareils impliqués sont de plus en plus souvent des drones : Bayraktar TB-2, Aksungur et ANKA-S sont régulièrement identifiés par les forces grecques.
Un coût dix fois inférieur pour Ankara
I Kathimerini y voit une logique délibérée. Le quotidien écrit qu’Ankara adopte la logique des violations à bas coût et sans risque, contraignant Athènes à des interceptions périlleuses à un coût financier exorbitant.
Selon le journal, un F-16 grec décollant pour une mission de reconnaissance et d’interception coûte environ 20 000 euros par heure de vol, tandis qu’un Bayraktar violant l’espace aérien national revient jusqu’à dix fois moins cher, « sans aucun risque pour la vie humaine ». L’objectif prêté à Ankara serait d’user le potentiel de l’aviation de combat grecque, via un concept que le quotidien qualifie d’occupation aérienne.
L’amiral français Raoul Castex avait pourtant théorisé les limites de l’aviation classique : un avion, selon lui, « ne conquiert pas » et « n’occupe pas », son action ayant un caractère essentiellement transitoire et intermittent qui le rend « impropre à toute opération demandant de la fixité dans l’espace et de la continuité dans le temps ». Les drones, eux, peuvent s’attarder au-dessus d’une zone donnée grâce à leur endurance.
Un entraînement jugé utile côté grec
Les responsables de la force aérienne hellénique, sollicités par I Kathimerini, relativisent la tendance. Ces interceptions engendrent des coûts importants, mais elles « permettent un entraînement réaliste pour les pilotes et l’ensemble du système de défense aérienne, en testant les procédures de détection, d’identification, de coordination et de réponse en conditions opérationnelles réelles ».
Les drones ne bénéficient d’aucun traitement particulier : ils sont « traités comme tout autre aéronef non identifié ou non conforme et sont interceptés afin de garantir leur identification physique, leur surveillance et la documentation de leur activité », précisent ces mêmes responsables.
Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a de son côté jugé « ce type de comportement de la part d’un allié de l’Otan » inacceptable et « atteinte à la sécurité européenne ». Il a ajouté que l’unité face à l’agression de la Russie contre l’Ukraine rendait ce genre de gestes d’autant plus difficiles à admettre entre partenaires de l’Alliance atlantique.








