Des chercheurs chinois ont mis au point un système de navigation par les étoiles capable de guider des missiles hypersoniques lorsque les signaux satellitaires, comme le GPS ou le BeiDou chinois, sont brouillés ou indisponibles. Le projet, mené par l’Académie de recherche aérospatiale du Guangdong, a passé avec succès son examen final le lundi 10 août 2026, selon un rapport publié par l’académie le jour même.
Selon BFMTV, l’objectif est de permettre à ces armes, qui évoluent à plus de Mach 5, de conserver une navigation précise même quand un adversaire brouille les systèmes classiques. La méthode retenue s’appuie sur la position des étoiles pour déterminer la localisation et la trajectoire d’un véhicule, sans dépendre d’aucun satellite. Contrairement aux systèmes inertiels, qui s’appuient sur des stations au sol ou des satellites, cette navigation céleste résiste aux interférences électromagnétiques.
Percer le voile de plasma à plus de mille degrés
Le vol hypersonique complique considérablement la donne. Lorsqu’un véhicule traverse l’atmosphère à ces vitesses, la friction avec l’air génère une couche de choc et une gaine de plasma pouvant dépasser mille degrés Celsius. Ce gaz irrégulier courbe la lumière des étoiles à la manière d’un verre dépoli, tout en émettant un rayonnement infrarouge puissant qui noie les signaux stellaires, plus faibles.
Pour surmonter cet obstacle, l’équipe a compilé deux bases de données, l’une sur le rayonnement thermo-chimique de l’air chaud, l’autre sur les interférences de rayonnement induites thermiquement. Elle a ensuite développé un logiciel de simulation atteignant une résolution spectrale de 0,12 nanomètre, avec une erreur de simulation contenue sous 18,9 %.
Ces travaux ont permis de prédire avec précision la façon dont la lumière des étoiles se déforme, avant la construction d’un prototype de capteur stellaire résistant à ces interférences.
Les résultats des essais sont éloquents. Sans interférence, le taux de reconnaissance des motifs stellaires dépasse 99 %. Sous forte interférence de rayonnement aérodynamique, il reste supérieur à 80 %. La précision de mesure d’attitude atteint, elle, moins de 5 secondes d’arc, soit une fraction infime du degré.
Selon l’académie, ce système ne remplacerait pas la navigation inertielle mais viendrait s’y ajouter, comme un dernier recours quand le satellite fait défaut.
Une technique déjà exploitée ailleurs
Le guidage stellaire n’est pas nouveau dans les armées. Les États-Unis en disposent déjà, tandis que la France a lancé en 2016 le projet Vision, une navigation par visée stellaire diurne pour ses aéronefs de combat. Le principe rejoint celui des marins d’autrefois, qui s’orientaient au sextant grâce à l’étoile Polaire avant l’arrivée des instruments électroniques.
Ce développement s’inscrit dans une course où plusieurs puissances affichent leurs arsenaux hypersoniques. L’Iran a mis en avant ses missiles Fattah, présentés comme capables d’atteindre Mach 13 à 15, lors de ses frappes contre Israël en juin 2025 puis dans le conflit plus récent au Moyen-Orient.
La Chine dispose de son côté du DF-17, un missile balistique de moyenne portée équipé du planeur hypersonique DF-ZF, capable de manœuvrer à très grande vitesse pour viser des cibles terrestres ou navales.
L’académie souligne enfin que ses travaux dépassent le cadre militaire. Les capacités de mesure et de simulation de rayonnement ont déjà été adaptées à des usages civils, notamment de nouveaux bancs d’essai de moteurs et le diagnostic de combustion de chaudières industrielles, en offrant des vues en temps réel de l’intérieur des chambres de combustion.








