La Turquie avait commandé 116 F-35 avant d’être éjectée du programme : Trump rouvre finalement la porte à Erdogan, le Pentagone reste silencieux

Un chasseur furtif, deux alliés qui s’affrontent, et Washington au milieu qui botte en touche. Entre promesses de Trump et fureur israélienne, la Turquie va-t-elle vraiment récupérer ses F-35 ?

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La Turquie avait commandé 116 F-35 avant d'être éjectée du programme : Trump rouvre finalement la porte à Erdogan, le Pentagone reste silencieux
La Turquie avait commandé 116 F-35 avant d’être éjectée du programme : Trump rouvre finalement la porte à Erdogan, le Pentagone reste silencieux © Armees.com

Donald Trump a rouvert la porte à un retour de la Turquie dans le programme F-35, six ans après son exclusion. Une perspective qui provoque déjà une passe d’armes diplomatique avec Israël, où le premier ministre Benjamin Netanyahou redoute un bouleversement de l’équilibre militaire régional.

C’était mardi, aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan. Interrogé sur une possible vente du chasseur furtif américain à Ankara, le président américain n’a pas fermé la porte, loin de là : « C’est un excellent avion, de loin le meilleur, et c’est certainement quelque chose que nous allons examiner. » cite BFMTV. La formule reste prudente, mais elle intervient à un moment précis : à quelques semaines d’un sommet de l’OTAN jugé crucial, où Washington cherche visiblement à envoyer un signal à un allié que Trump considère comme clé sur le flanc sud-est de l’Alliance.

Six ans d’exclusion pour un contrat russe

La Turquie n’est pourtant pas un nouveau venu dans ce dossier. Elle est partenaire du programme Joint Strike Fighter depuis 2002, ce vaste projet américain associant plusieurs pays de l’OTAN pour développer un chasseur multirôle de cinquième génération, devenu le F-35 Lightning II. L’industrie turque fabriquait plusieurs centaines de composants de l’appareil, et Ankara prévoyait dès 2007 d’en acquérir jusqu’à 116 exemplaires, avec une première commande de 30 avions.

Tout a basculé avec l’achat par la Turquie de systèmes russes de défense antiaérienne S-400, contrat signé en 2017 et dont les premières livraisons ont débuté en juillet 2019. Washington craignait qu’un déploiement simultané des S-400 et des F-35 ne permette à Moscou de récolter des données sur les capacités furtives de l’avion américain. Sommée de choisir, Ankara a maintenu son achat. La Maison Blanche a tranché le mois suivant : exclusion pure et simple du programme, suspension des livraisons, fin de la participation industrielle turque et sanctions individuelles contre plusieurs dirigeants. La justification tenait en une phrase, martelée depuis par l’administration américaine : « Le F-35 ne peut coexister avec une plateforme de renseignement russe qui servira à découvrir ses capacités avancées. »

Une facture de 1,4 milliard de dollars réclamée par Ankara

Depuis, Erdogan n’a jamais cessé de réclamer soit le retour de son pays dans le programme, soit une compensation financière pour les quelque 1,4 milliard de dollars déjà versés par Ankara. Les discussions se sont ensuite reportées sur une solution de repli, la vente de F-16 modernisés. Mais ces dernières semaines, Trump a relancé l’hypothèse F-35, sans lever pour autant l’obstacle légal : la législation américaine interdit toujours la vente tant que la Turquie conserve ses systèmes S-400 russes. Rien n’indique, à ce stade, qu’Ankara ait accepté de s’en séparer.

Netanyahou tire la sonnette d’alarme

C’est dans ce contexte que Netanyahou a pris la parole, la veille d’un communiqué turc qui allait durcir le ton. Le premier ministre israélien a averti qu’une vente de F-35 à la Turquie risquerait de bouleverser l’équilibre des forces dans la région. Une inquiétude qu’Israël n’est pas seul à formuler : la Grèce, elle aussi, s’oppose à cette transaction, pour des raisons qui tiennent à sa propre rivalité militaire avec Ankara en mer Égée.

La réplique turque n’a pas tardé. Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a accusé les responsables israéliens de mener une campagne organisée : « Les allégations infondées récemment diffusées de manière coordonnée par des responsables israéliens, avec un calendrier calculé, s’inscrivent dans une campagne de désinformation. » Le texte va plus loin, visant nommément Netanyahou et ce qu’il qualifie de « ses partenaires dans le crime », accusés de chercher à détourner l’attention. Le ministère ajoute que les critiques adressées à Israël sont systématiquement déformées, dans le cadre d’un « effort systématique de propagande ».

Cette échange de communiqués s’inscrit dans une histoire déjà abîmée. Israël et la Turquie ont longtemps entretenu l’un des partenariats les plus solides d’Israël dans la région. La donne a changé avec l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, et la relation s’est encore tendue depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Le président turc n’a d’ailleurs pas hésité, par le passé, à accuser et menacer Israël, affirmant que les opérations israéliennes menaceraient aussi la Turquie.

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