Iran, Ukraine, Golfe : l’Europe paie l’addition de ses illusions

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Iran, Ukraine, Golfe : l'Europe paie l'addition de ses illusions
Iran, Ukraine, Golfe : l'Europe paie l'addition de ses illusions | Armees.com

La guerre au Moyen-Orient s’emballe, la Russie interdit ses exportations de diesel après les frappes ukrainiennes sur ses raffineries, et l’économie française suffoque. Pendant ce temps, l’Europe continue de débattre de ses droits des passagers aériens. Réveil brutal, ou réveil impossible ?

82%

La part de la performance de l’indice boursier américain attribuable aux seuls semiconducteurs et matériel technologique en 2026 — le secteur qui alimente aussi bien les marchés civils que les systèmes d’armes de demain.

Le Golfe flambe, les marchés dégringolent : l’Europe spectateur

Ce mercredi 8 juillet 2026, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense américain, annonce des frappes américaines potentiellement élargies contre l’Iran, y compris sur des infrastructures civiles. Donald Trump brandit la menace de prendre le contrôle de l’île de Kharg — le principal terminal pétrolier iranien, par lequel transitent des millions de barils par jour. Dans le même temps, Moscou interdit ses exportations de diesel, après que les drones ukrainiens ont méthodiquement détruit plusieurs raffineries russes. Résultat immédiat : les prix du gazole s’envolent sur les marchés internationaux.

Force est de constater que nous assistons à une convergence de crises que l’Europe n’avait ni anticipée ni préparée. Le Vieux Continent est doublement exposé : à l’est, une guerre d’usure qui consomme des stocks de munitions que nos armées n’ont pas eu le temps de reconstituer ; au sud, une conflagration dans le Golfe qui menace directement nos approvisionnements énergétiques. Et pendant que Washington frappe et que Kyiv attaque en profondeur, que fait l’Europe ? Elle valide un texte sur les droits des passagers aériens. L’écart entre l’urgence stratégique et l’agenda politique européen est vertigineux.

L’industrie de défense française : entre ambitions et réalités budgétaires

Le FMI est désormais plus pessimiste que Paris sur la croissance française pour 2026. Ce n’est pas anodin. Une économie qui ralentit, c’est une base fiscale qui se rétrécit, et donc des arbitrages budgétaires qui deviennent douloureux — y compris pour le budget des armées. Or la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 repose sur des hypothèses de croissance qui commencent sérieusement à vaciller.

Je pense que la vraie question n’est pas de savoir si la France dépensera bien les 413 milliards d’euros prévus sur la LPM, mais si elle en aura les moyens réels. La canicule qui frappe l’économie française cet été — au sens propre comme au sens figuré — pourrait contraindre Bercy à des gels de crédits. Les armées connaissent ce scénario par cœur : c’est toujours en fin d’exercice que les arbitrages se font à leur détriment. Notre industrie de défense — Naval Group, Thales, Airbus Defence, KNDS — a besoin de commandes fermes et de visibilité pluriannuelle, pas de promesses électorales revues à la baisse dès la première turbulence économique.

Semiconducteurs, guerre électronique : la vraie bataille industrielle

Ce chiffre de 82% — la part des semiconducteurs dans la performance de Wall Street en 2026 — dit quelque chose d’essentiel sur la guerre d’aujourd’hui et de demain. Les systèmes d’armes modernes, des missiles de croisière aux drones kamikazes en passant par la guerre électronique et le renseignement par satellite, sont tous gourmands en composants électroniques avancés. Or l’Europe reste dramatiquement dépendante de l’Asie pour ses approvisionnements en semi-conducteurs militaires critiques.

L’European Chips Act promis en grande fanfare livre des résultats insuffisants face à l’urgence. Pendant que TSMC et ses homologues équipent les industries de défense américaines et chinoises, nous débattons encore de gouvernance et de cofinancements. La souveraineté, ce n’est pas un mot dans un discours : c’est une chaîne d’approvisionnement sécurisée, des capacités industrielles nationales, et une volonté politique de payer le prix de l’indépendance.

Le monde brûle. La question n’est plus de savoir si la France et l’Europe peuvent se permettre d’investir massivement dans leur défense. La question est de savoir si elles peuvent se permettre de ne pas le faire.

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