Le 6 septembre 2025, Armasuisse a réaffirmé que la Suisse recevra ses premiers F-35A dans les délais contractuels. Cette déclaration, appuyée par Lockheed Martin, s’inscrit dans un contexte où le Government Accountability Office (GAO) a dénoncé en août des retards moyens de plus de sept mois sur les livraisons globales du programme. La Confédération, qui a commandé trente-six exemplaires, se prépare ainsi à intégrer un système d’armes qui reste contesté mais incontournable.
Des livraisons confirmées pour 2027 et 2028
Armasuisse a indiqué que « la livraison des F-35A suisses est toujours prévue à partir de mi-2027 depuis l’usine américaine du constructeur Lockheed Martin », une précision publiée par l’Agefi. Les appareils destinés à l’assemblage européen suivront en 2028, avec des livraisons effectuées depuis Cameri, en Italie.
Ces assurances contrastent avec le constat du GAO, selon lequel « aucun F-35 n’a été livré dans les délais l’année dernière. Le retard moyen était de 238 jours, soit environ huit mois ». La planification suisse bénéficie toutefois d’un créneau spécifique, négocié avec Lockheed Martin et confirmé par Armasuisse.
Le standard Block 4 au cœur de la commande
Les appareils suisses doivent être livrés dans la configuration Block 4, la plus récente prévue par le programme. Armasuisse précise que les avions seront réceptionnés « dans leur dernière configuration technique prévue ». Les mises à jour logicielles et matérielles seront déployées selon la logique incrémentale du programme Joint Strike Fighter.
Ce choix garantit à la Suisse un accès aux capacités avancées de guerre électronique, à une fusion améliorée des capteurs et à une connectivité renforcée avec les autres flottes européennes de F-35. Cette interopérabilité est clé dans une perspective de défense intégrée du continent.
Retards structurels chez Lockheed Martin
Si la Suisse peut se rassurer, la situation mondiale du programme F-35 est tout autre. Le GAO a documenté un retard moyen de 238 jours sur les livraisons de 2024. Les causes sont multiples.
Premièrement, le développement du standard Block 4 s’est avéré plus complexe que prévu, notamment sur le plan logiciel. Chaque lot de mise à jour implique des tests longs et coûteux, retardant l’intégration sur les chaînes de production. Deuxièmement, Lockheed Martin subit encore les conséquences de goulets d’étranglement industriels, amplifiés par la dépendance à une chaîne logistique mondiale sensible aux tensions commerciales. Enfin, la montée en cadence de l’assemblage a révélé des problèmes de qualité, nécessitant des corrections avant livraison.
Ces difficultés expliquent pourquoi aucune livraison n’a été effectuée dans les temps l’année dernière, selon le GAO. Elles mettent en lumière le défi auquel Lockheed Martin doit répondre pour restaurer sa crédibilité auprès de ses clients, dont la Suisse, qui craint de ne pas recevoir ses F-35A dans les temps.
Pressions financières : un contrat fragilisé
Le volet financier demeure l’angle mort du dossier. L’accord annoncé en 2021 fixait un budget de six milliards de francs pour trente-six avions. Or Washington conteste désormais la validité du prix fixe. Le surcoût potentiel pourrait s’établir « entre 650 millions et 1,3 milliard de francs ».
Un tel dépassement expose la Confédération à un dilemme : réduire le nombre d’appareils ou consentir un effort budgétaire supplémentaire. Pour Lockheed Martin, il s’agit de démontrer que l’industriel peut stabiliser les coûts unitaires dans un contexte d’inflation et de tensions sur la chaîne logistique. Pour la Suisse, il s’agit de maintenir la cohérence de la planification capacitaire d’ici 2030.
Un programme mondial sous tension
Le F-35 reste aujourd’hui le programme d’armement le plus ambitieux et le plus controversé des États-Unis. L’audit du GAO met en avant des retards chroniques et des difficultés techniques liées au développement du Block 4. Ces dysfonctionnements affectent la crédibilité de Lockheed Martin et pèsent sur la confiance des États clients.
Malgré cela, la Suisse maintient son choix. Elle estime que l’appareil reste incontournable pour assurer la supériorité aérienne et l’interopérabilité avec les forces alliées. L’intégration du Block 4 devrait compenser, à terme, les lacunes constatées et permettre à l’armée suisse d’opérer un saut capacitaire majeur.
Dimension politico-stratégique
Sur le plan interne, la commande continue d’alimenter le débat politique. Les partisans du programme soulignent la nécessité de disposer d’un système de combat de cinquième génération, quand ses opposants dénoncent un coût disproportionné et une dépendance accrue envers Washington.
Sur le plan international, la Suisse rejoint un club restreint d’utilisateurs européens du F-35. Ce choix l’inscrit dans un réseau d’interopérabilité qui dépasse la simple acquisition d’appareils. Il engage la Confédération dans une dynamique stratégique où la crédibilité opérationnelle repose sur la fiabilité de Lockheed Martin et sur la capacité de l’appareil à évoluer au rythme des menaces.








